« 21 juillet 1851 » [source : BnF, Mss NAF 16369, f. 133-134], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.880, page consultée le 24 janvier 2026.
21 juillet 1851, lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon Victor, bonjour. J’espère que tu auras enfin pu passer une bonne nuit et que ta surexcitation commence à se calmer ? Il serait plus que temps, mon Dieu, que tu te reposasses corps, âme et esprit. Encore un jour ou deux et tu pourras songer sérieusement à te reposer. D’ici là il n’y faut pas beaucoup compter à cause de toutes les admirations, de toutes les adhésions et de toutes les sympathies que ton discours excite depuis un bout de la France à l’autre et auxquellesa tu es obligé de répondre. Quant à moi, je n’espère pas te voir une minute de plus que le temps nécessaire pour te conduire à la Chambre avant que tout se soit calmé en toi et autour de toi. Nous verrons si je me suis trompée et si je suis à tout jamais rayéeb du programme de tes joies, de tes plaisirs et de ton amour.
Jusque-là je tâche d’espérer mais sans être une belle Philis1 je ne tarderai pas à désespérer bientôt si cette vie sans intérêt devait encore se continuer pour moi.
Je m’explique mal car les expressions ne me sont pas familières. Je sens que je t’aime, que je souffre, que je suis découragée et malheureuse. Je vois que jusqu’à présent il n’y rien de changé dans tes habitudes avec moi depuis sept ans. Je n’ai qu’une affreuse certitude de plus qui me ronge le cœur. Combien de temps ai-je encore à souffrir, voilà ce que je te demande, ce que je demande au bon Dieu sans obtenir une réponse qui me satisfasse. Mon pauvre bien-aimé je suis plus qu’à moitié folle et je souffre comme une damnée.
Juliette
1 « Belle Philis, on désespère, / Alors qu’on espère toujours ». (Vers du sonnet d’Oronte dans Molière, Le Misanthrope, I, 2.)
a « auquelles ».
b « rayé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
