22 juillet 1851

« 22 juillet 1851 » [source : BnF, Mss NAF 16369, f. 135-136], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.881, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon Victor, bonjour, mon ineffable et vénéré bien-aimé, bonjour. Tout mon cœur tressaille en t’écrivant ces mots en apparence si insignifiants et qui pourtant te brûleraient le cœur si le contact de la pensée et de l’âme se faisait sentir à travers les mots.
Comment vas-tu, mon sublime bien-aimé ? As-tu bien dormi cette nuit ? Je voudrais te demander encore bien autre chose touchant l’état sanitaire de ton cœur mais je n’ose pas, tant je suis profondément découragée et pleine de défiance, non sur ta loyauté en laquelle je crois comme à Dieu, mais sur les vrais sentiments de ton cœur que tu ne connais peut-être pas bien toi-même. Je suis pleine d’angoisses et d’anxiété et je sens que j’aimerais mille fois mieux la mort que la prolongation de cette cruelle épreuve.
Ne me disa pas que tu n’as pas le temps, que tu es occupé. Toutes ces excuses matérielles peuvent-elles sérieusement me rassurer après ce qui s’est passé depuis sept ans ? Ne me disb pas non plus que tu as épuisé l’amour et que tu ne me rapportes que l’homme blasé et indifférent et désillusionné, car je crois que je mourrais de honte et de regrets. Si tu n’es pas sûr de toi, si tu n’es pas sûr de m’aimer et de n’aimer que moi, je te supplie au nom de tout ce que tu as de plus sacré dans ce monde et dans l’autre, de me le dire. Je t’en supplie, mon bien-aimé, je suis prête à toutes les révélations. La chose qui me rendrait folle d’impatience, c’est cette espèce de quarantaine que tu fais faire à mon pauvre cœur. Cela me tue et je t’assure que si cela devait se prolonger j’y laisserais ma raison et ma vie.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « dit ».

b « dit ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.

  • 1851Hugo visite les caves de Lille.
  • 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
  • 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
  • 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
  • 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
  • 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
  • 26-27 octobreAutre excursion.
  • 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
  • 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
  • 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.