« 3 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 9-10], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e210, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 3 mai 1853, mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit Vert-Galant, bonjour mon doux amoureux de moi, bonjour, joie, bonheur et amour jusqu’à la fin de ta glorieuse vie, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? As-tu passé une bonne nuit ? Quant à moi, j’avais le droit de dormir un bon somme mais je n’en n’ai pas profité, à mon grand regret, car je suis très courbaturée de cette insomnie non motivée. Il ne faudrait rien moins pour me refaire qu’un LUNCHEON carabiné, mais je n’y compte pas tant s’en faut au contraire. Cela ne m’empêche pas de vous donner l’honnête avis de reprendre votre shelling si vous ne voulez pas être FRUSTRÉ, pour bien dire, par la chaste Suzanne, laquelle se propose de mettre une ficelle DANS le cou de Fouyou et de vous l’apporter naïvement dans son PANIER. Comme je ne veux pas être complice de ce nouveau genre de vol à la ficelle et au chat, je vous en préviens carrément : maintenant, tirez-vous de là comme vous pourrez, cela ne me regarde plus. J’ai bien assez de me défendre contre les puces de votre Ponto, cette occupation suffit à ma gloire et, quant à mon bonheur, je ne l’attache pas à cette ficelle-là.
Juliette
« 3 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 11-12], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e210, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 3 mai 1853, mardi après-midi
Cher adoré, je ne me sens pas la conscience plus tranquille depuis que je t’ai repris cette chaîne qu’auparavant, car je crains que tu ne la regrettesa plus que j’avais de remords de te l’avoir vendue. Aussi, si très sérieusement tu es trop mécontent de l’échange, je t’offre de REREchanger encore une fois. L’ombre de mon pauvre vieux oncle1 me tiendra compte de la tentative, je l’espère. Mais en attendant, je ne veux pas que tu regrettes rien qui dépendeb de moi de te donner. C’est bien assez que je te sois à charge pour les besoins indispensables de ma vie. Aussi, mon cher petit Toto, tu n’as qu’à faire un signe pour que je m’empresse de te rendre cette grosse vieille chaîne, le seul semblant d’héritage que j’aie eu depuis que je suis au monde. L’important, c’est que tu ne sois pas contrarié. Je ne le veux pas à aucun prix et sous quelque prétexte que ce soit. Maintenant, mon cher petit Toto, que je t’ai bien dit ce que je préfère à tout, même à mes scrupules de conscience, tu serais bien absurde si tu te privais de ce bijou qui n’est pour moi qu’un souvenir pieux du seul être qui m’ait aimé avant toi.
N’oubliec pas, mon cher petit homme, que tu as du monde ce soir à dîner et tâche de me donner le plus de bonheur possible d’ici là.
Juliette
1 Juliette, orpheline, a été élevée par son oncle René-Henry Drouet.
a « regrette ».
b « dépendent ».
c « N’oublies pas ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
