28 avril 1853

« 28 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 433-434], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1921, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, ma joie parfumée, bonjour, mon bonheur fleuri, bonjour, mon amour ailé, bonjour mon âme radieuse, bonjour, je t’adore. Comment vas-tu ce matin ? As-tu bien dormi ? As-tu revu en rêve toute notre ravissante promenade d’hier ? As-tu serré un à un dans ton cœur tous les baisers que je t’ai donnésa sur le chemin ? As-tu retrouvé dans ton âme, toutes les effluves magnétiques de la mienne ? Te sens-tu encore imprégné de printemps et d’amour comme hier ? Quant à moi, mon adoré, je n’ai rien perdu de mon bonheur et c’est sous son impression que je t’envoie toutes ces tendres interrogations dont les réponses sont dans ton cœur comme dans le mien. Nous avons bien fait du reste de profiter de cette belle journée car il n’est pas sûr qu’il y en ait une autre d’ici à longtemps dans ce climat capricieux et modéré. Sa grimauderie de ce matin n’est rien moins que rassurante pour le reste de la journée mais j’ai fait une si bonne provision de bonheur hier que j’envisage sans effroi le mauvais temps et la bise aujourd’hui. Peu m’importe qu’il pleuve et qu’il grêle au dehors, s’il fait beau et heureux dans mon cœur. Dans cette disposition d’esprit j’accepte philosophiquement la température d’aujourd’hui et je vous dis : vous plaît-il me bailler un gros baiser en qualité de mon galant ?

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « donné ».


« 28 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 435-436], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1921, page consultée le 02 mai 2026.

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C’est aujourd’hui jour de poste, mon bon petit homme, ce qui fait que je ne t’attends pas de bonne heure ; mais il n’y a pas de jour et d’heure, de prétextes et de raison, pour m’empêcher de te désirer de toutes mes forces. Aussi, je ne m’en prive pas, je te prie de le croire. En t’attendant, j’ai remis en ordre mes petites archives d’amour et fixé la date de nos trouvailles d’hier, la petite bille et les petites violettes. Tout cela est catalogué et enregistré parmi mes plus chères reliques et mes plus doux souvenirs. Maintenant, mon bien aimé, je souhaite ardemment que tu reçoives de bonnes nouvelles de Hetzel1, car je sens que cela te préoccupea et t’inquiète au point de vue affaire et argent, c’est-à-dire travail et gêne sans relâche. Aussi, mon pauvre sublime piocheur, je donnerais dix pintes de mon sang pour que tu aies une bonne solution aujourd’hui. Je t’attends avec cette impatience de plus ajoutée au besoin de te voir et je t’adore pour forcer le bonheur à en faire autant envers toi. À bientôt, mon Victor bien-aimé, à tout de suite si tu veux, à toujours mon amour.

Juliette


Notes

1 Hugo et Hetzel entretiennent une correspondance suivie à propos des modalités de publication du recueil poétique Les Châtiments.

Notes manuscriptologiques

a « préocupe ».


« 28 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 437-438], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1921, page consultée le 02 mai 2026.

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Je viens à toi, mon cher bien-aimé, puisque tu ne peux pas revenir à moi ce soir. Je viens à toi pour te dire que je t’aime en dehors des regrets du passé et des craintes de l’avenir. Je viens à toi le sourire sur les lèvres et la bénédiction dans l’âme. Je viens à toi la main sur mon cœur mutilé et les yeux pleinsa de pardons. Je viens à toi ma pureté lavée et mon âme rachetée par vingt ans de fidélité et d’amour. Je viens à toi, l’illusion brisée et la foi radieuse. Je viens à toi sans rancune et avec la divine espérance pour appui. Je viens à toi avec le dévouement maternel et la tendresse passionnée d’une amante. Je viens à toi l’esprit plein de vénération et d’admiration. Je viens à toi résignée et pieuse comme les martyres devant Dieu et je te fais maître absolu et suprême de mon sort. Fais-en ce qu’il te plaira en ce monde, quitte à ne comprendre ta voie que dans l’autre. Je mets mes souffrances aux pieds de la vertu de ta femme et de l’innocence de ta fille comme un hommage et comme un préservatif et je garde mes larmes, mon indulgence et mes prières pour les pauvres femmes tombées comme moi. Enfin, mon adoré bien-aimé, je te donne ma part de paradis en échange de tes chances d’enfer, trop heureuse d’avoir acheté ton éternel bonheur par mon éternel amour.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « plein ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.