2 mai 1853

« 2 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 5-6], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e114, page consultée le 01 mai 2026.

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De patouillage en Ponto et de Ponto en nettoyagea, je suis arrivée jusqu’à présent sans avoir pu te barbouiller quelque bonne tendresse. Il est vrai que tu me laissesb tout le temps de me rattraperc, comme si je ne l’étais pas assez sans [R ?]. Mais ce n’est pas cet [R-là ?]1 qui me consolera et m’empêchera de vous dire ma complainte mélancolique en vous attendant. Et pourtant, je n’ai pas trop le droit de me plaindre après le bonheur d’hier. Aussi, ce que j’en fais ce n’est que pour avoir le prétexte de vous rabâcher ma joie d’hier sous la forme des regrets d’aujourd’hui. Je ne sais pas si tu démêleras quelque chose à ce doux amphigouri, mais voilà une demi-heure que j’éternue dessus sans pouvoir m’arrêter. Tu comprends qu’il m’est impossible de faire parfaitement deux choses à la fois, t’aimer et m’enrhumer. Ces deux choses se nuisent pour le moment aussi je prends le parti de laisser courir ma plume à tort et à travers, en abandonnant mon nez à tous les hatchis et que Dieu le bénisse et vous aussi. Ce qui ne m’empêche pas de vous baiser EX IMO CORDE2.

Juliette


Notes

1 Juliette semble jouer avec l’homonymie R/air. L’air au sens de mélodie serait repris par le terme complainte dans la suite de la phrase.

2 « Du fond du cœur ».

Notes manuscriptologiques

a « nétoyage ».

b « laisse ».

c « rattrapper ».


« 2 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 7-8], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e114, page consultée le 01 mai 2026.

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Pauvre bien-aimé, je ne m’étonne pas que tu aies à fairea chez toi et je t’en veux encore moins d’y rester. Je ne peux pas m’empêcher de trouver le temps bien long et bien maussade sans toi. Cependant, je fais la meilleure contenance que je peux et je m’occupe tant que j’ai à peine le temps de te raconter mon ennui. Mais l’occupation du corps ne peut rien contre le désœuvrement de l’âme et la mienne ne sait que devenir quand tu es absent. Je te l’ai déjà dit bien des fois, aussi n’est-ce pas dans l’intention de t’apprendre quelque chose que je me répète si souvent. C’est une sorte de plainte qui sort de mon cœur malgré moi, voilà tout. Ainsi, mon adoré bien-aimé, fais tout ce que tu as à faire chez toi, je te promets d’être aussi patiente et aussi heureuse que je peux l’être sans toi. Du reste, il fait un temps à porter le Bonaparte en terre. Quelle différence avec la ravissante journée d’hier, non qu’il fasse froid, mais il fait gris et lugubre par tout l’horizon. Quant à moi, je sais où est mon soleil et je l’attends avec confiance bientôt. D’ici là, je vais me préparer à bien le recevoir en te désirant de toutes mes forces et en t’aimant de toute mon âme.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « affaire ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.