21 mai 1867

« 21 mai 1867 » [source : BnF, Mss, NAF 16388, f. 134], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d9879e732, page consultée le 01 mai 2026.

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Je l’ai, je l’ai, je l’ai, ma bonne petite lettre, ma chère petite lettre, ma bénie, mon adorée petite lettre1. Je la tiens, je la lis, je la baise, je la dévore, je suis heureuse. Merci, amoura, merci, joie, merci, bonheur, merci, toi, merci, vous, nos deux anges gardiens, merci, Dieu, qui permettez devant vous cette adoration mutuelle de nos deux âmes comme si elles étaient déjà remontées au cielb.

Tu n’étais pas levé tout à l’heure, mon ineffable bien-aimé. Je crains que tu n’aies eu de l’insomnie et je t’approuve de rester au lit jusqu’à ce que, de gré ou de force, tu aies rattrapé ta nuit. Quant à moi, je me serais levée bien plus tôt pour avoir ma chère petite lettre si je n’avais pas eu pitié de ma vieille Suzarde que j’ai laisséec dormir jusqu’à six heures. Enfin, n’y tenant plus d’impatience, j’ai appelé le FACTEUR par toute la maison, lequel m’a répondu subito et me voilà folle de bonheur.


Notes

1 Victor Hugo a écrit à Juliette Drouet pour célébrer la Sainte Julie.

Notes manuscriptologiques

a Paul Souchon lit : « Merci, mon amour… ».

b Paul Souchon arrête ici la transcription.

c « j’ai laissé ».


« 21 mai 1867 » [source : BnF, Mss, NAF 16388, f. 135], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d9879e732, page consultée le 01 mai 2026.

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Tu t’es levé pendant que je te gribouillais mes tendresses émues et presque fiévreuses. Je n’ai pas eu la chance de te voir à ce moment-là, mais je m’en venge en relisant ton adorable petite lettre et en la baisant sur chaque mot. Tout à l’heure je la mettrai le plus près possible de mon cœur d’où elle ne sortira que pour entrer dans mon reliquaire rouge1 qui ne quitte jamais mon chevet depuis que tu me l’as donné. Tu sais qu’il est de tradition que j’aie des poussins nouveaux éclos le jour de ma fête. Ce matin il y en a déjà trois qui ont montré le bout de leur petit bec. Peut-être le reste de la couvée éclora-t-il dans la journée. Cependant j’en doute. Mais la question n’est pas dans le nombre mais dans le fait et ces trois charmants petits êtres sont les bienvenus de la Sainte Julie. Suzanne m’a donné les deux petites statuettes de Chelsea que nous avions vues à la vitrine du marchand auquel tu as acheté ton meuble. Elles sont jolies quoique d’une mauvaise époque et qu’elles soient incomplètes. Mary2, suivant le mauvais exemple de Suzanne, m’offre un homard ! que je compte lui payer, bien entendu. Enfin, mon cher adoré, grâce à toi, tout est en fête en moi et autour de moi et je t’adore.


Notes

1 Juliette conserve dans un livre rouge les lettres que Victor Hugo lui envoie chaque année pour leur anniversaire du 16-17 février 1833. On y trouve également des lettres datées de l’anniversaire de Victor Hugo. Ce « livre de l’anniversaire », comme il est appelé parfois, est un exemplaire des Poesias de Jacinto de Slas y Quiroga publié en 1834, relié pleine basane rouge, dont il ne subsiste que la couverture et les pages de garde, sur lesquelles Victor Hugo a écrit les premières lettres. Les pages suivantes sont les lettres de l’anniversaire insérées. La lettre de Victor Hugo du 21 mai 1867 ne figure pas dans le « petit livre rouge ».

2 Mary Falla.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est grand-père pour la première fois (l’enfant mourra en bas âge). Ils voyagent en Belgique et en Zélande.

  • 31 marsNaissance de Georges, fils de Charles Hugo et de sa femme Alice.
  • 20 juinReprise d’Hernani au Théâtre-Français.
  • 17 juillet-14 octobreVoyage en Belgique et en Zélande.