26 février 1875

« 26 février 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 52], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d9092e787, page consultée le 04 mai 2026.

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Cher bien-aimé, je tourne ma plume et ma langue sept fois avant d’oser me risquer à te féliciter de ton septennat béni par Dieu et par les hommes1. Cependant il m’est bien difficile de faire taire mon cœur au milieu de tous ces Hosannahs du ciel et de la terre qui glorifient ta naissance et qui consacrent ton œuvre immortelle : saint, saint, saint est le divin Victor Hugo2 ! C’est ce que disent les anges de toi au regard de Dieu et tout ce que répètent les hommes sur la terre n’est qu’une faible partie de mon admiration et de mon amour pour toi. Il faut donc en prendre ton parti, mon cher bien-aimé, et te laisser [illis.] et bénir de bonne volonté, aujourd’hui, surtout, vrai jour de ta naissance fêté par tes chers petits-enfants et par moi pour la quarante-deuxième fois de ma vie, je veux dire de notre amour. J’ai déjà envoyé à madame Charles tous les bouquets qu’on t’a donnés hier et qui lui reviennent de droit, ainsi que la couronne de laurier à ton cher Petit Georges, en te laissant le plaisir de la lui donner toi-même3. J’espère qu’il viendra dans la journée quelque chose digne de Petite Jeanne autrement la pauvre petite aurait le droit de se plaindre de n’avoir pas sa part des souvenirs de tous les hommages rendus à la naissance de son grand, grand, grand, Papapa cette année. Comment as-tu passé, la nuit, mon cher adoré ? Dois-je m’en réjouir ou m’en attrister ? J’espère que c’est la dernière hypothèse qui est la vraie et je m’y tiens jusqu’à plus certaine information. Tu serais bien gentil de descendre déjeuner à l’heure aujourd’hui car je pressens des flots d’admirateurs venant t’apporter leurs hommages tout l’après-midi. De notre côté nous avons besoin d’épancher nos joies et nos cœurs dans le sanctuaire de ton intimité. C’est pour cela que je te supplie de descendre plus tôt déjeuner.


Notes

1 Victor Hugo note : « J’ai aujourd’hui soixante-treize ans. […] » (Carnets manuscrits 1875, 26 février ; BnF, Mss, NAF 13479, f. 31r).

2 Imitation du premier vers du Sanctus qui est le principal hymne d’adoration de la religion catholique. On trouve ses deux premiers vers à l’intérieur du Te Deum. Le mot « saint » est répété trois fois pour magnifier la louange à Dieu et Lui rendre gloire : « Saint, saint, saint, le Seigneur, Dieu de l’univers. Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. / Hosanna au plus haut des cieux ! / Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. / Hosanna au plus haut des cieux ! »

3 Victor Hugo écrit la veille : « Ces dames de la colonie américaine [voir Carnets manuscrits 1875, 21 février 1875 ; ibid., f. 29r] m’ont apporté une couronne de laurier avec mes initiales en fleurs rouges V. H. – Je l’ai donnée à Georges. » (Carnets manuscrits 1875, 25 février ; ibid.).

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.

  • 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
  • 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.