14 juin 1850

« 14 juin 1850 » [source : MVH, α 8393], transcr. Nicole Savy , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e618, page consultée le 01 mai 2026.

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Je t’écris pour la première fois d’aujourd’hui, mon cher amour adoré, occupée que j’ai été toute la matinée de médecine, de coliques et de maux de cœur. Je n’ai plus maintenant qu’une grande prostration et des étouffements. Du reste JE VAIS TRÈS BIEN. Je crois même que si tu voulais bien tenter ce soir une petite culotte de convalescence,a je l’endosserais avec aisance, et très certainement avec JOI-IE. Mais tub n’auras pas cet esprit-là, il n’y a pas de danger.

À propos, mon doux bien-aimé, est-ce que la chambre a fini bien tard hier, que j’ai vu passer monsieur Victor Hugo fils à huit heures du soir ? Dans ce cas-là je vous demanderais où vous étiez à la même heure, puisque vous n’étiez pas avec votre jeune rejeton ? Tâchez que la raison que vous me donnerez soit un peu vraisemblable car je suis en train d’être très jalouse et je sais que je serais féroce avec facilité et avec volupté. Je suis si sûre qu’il y a de vous à moi un affreux arriéré de trahison, de queues1 et d’infidélités de toutes sortes que mes griffes ne demandent qu’à sortir du fourreau et à se promener aux quatrec points cardinaux de votre auguste frimousse.

Juliette


Notes

1 Faire une queue, c’est tromper, être infidèle.

Notes manuscriptologiques

a Juliette répète « que » après la virgule.

b Autre inadvertance, « tu ne n’auras pas ».

c « Quatres ».


« 14 juin 1850 » [source : MVH, α 8394], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e618, page consultée le 01 mai 2026.

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Je continue de la même Juju au même Toto et je demande comme au provisoire1 : des comptes, des contes, des comtes mais surtout pas de blagues, rien que la vérité, la pure vérité sortant de son puits, son miroir à la main [Dessina]. Sinon je vous fiche des bons coups. En attendant je lutte comme le pourpoint de don César2 avec les vicissitudesb, les détériorations de toutes sortes, la colique et autres borborygmes peu amusants. Je vous assure que j’ai bien de la peine à me remettre à neuf. Si j’y parviens jamais, ce sera un vrai prodige de la chimie Künckel. Jusqu’à présent ce traitement est fort médiocre et ne vaut pas l’argent que cela vous coûte et la peine que cela me donne. Nous verrons, le délai expiré, ce que sera le fameux résultat promis3. Jusque là nous ne pouvons que payer, souffrir et douter [illis.]. Tout cela n’est pas bien drôle, mon pauvre amour, et nous aurions mieux fait d’aller manger l’argent de cet apothicaire chez quelque gargotier, dans quelque bon coin bien tranquille, bien fleuri et bien ombreux. Je suis sûre que cela m’aurait fait plus de bien que toutes ces infâmes drogues dont le souvenir seul me révolte le cœur et me contracte l’estomac. Si vous l’aviez voulu tout se serait mieux passé et à meilleur marché. Vous êtes une grosse bête et moi une pauvre Juju droguée.

Juliette


Notes

1 Elle veut probablement dire « au prétoire », car il existe des décisions de justice provisoires, mais pas de tribunaux.

2 Grand seigneur déchu et brigand magnifique, Don César de Bazan, personnage de Ruy Blas, promène à défaut de pourpoint « sa cape en dents de scie et ses bas en spirale » (Acte I, scène 2).

3 La guérison de la gale dont Juliette souffre depuis plusieurs mois.

Notes manuscriptologiques

a Dessin représentant Juju-la vérité se regardant dans un miroir.

b « vissisitudes ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.