« 20 juillet 1850 » [source : MVH, α 8420], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e1207, page consultée le 02 mai 2026.
20 juillet [1850], samedi matin, 7 h.
Bonjour, mon cher petit saint, bonjour, mon cher petit Toto1, pourquoi faut-il que j’aie si peu de confiance dans vos reliques puisqu’il n’y a que la foi qui sauve.… l’illusion en amour ? Cela ne m’empêche pas pourtant de vous porter dans mon cœur et de vous dire toutes mes patenôtres matin et soir, soir et matin et encore tout le long de la journée. Mais vous y êtes aussi sensible que le plus vertueux saint de bois dans sa niche l’est aux ORA PRO NOBIS des vieilles dévotes. C’est ce qui m’enrage et me fait douter souvent de la sincérité de votre canonisation. Je crois que le révérend Montalembert serait de mon opinion, sans compter le vénérable Veuillot. Mais je crois qu’en amour comme en religion il n’y faut pas regarder de si près, et croire aveuglément tout ce qu’on espère et tout ce qu’on désire. Je crois donc que vous m’aimez un peu, j’espère que vous m’aimerez toujours, et je désire que vous n’aimiez jamais que moi. Et pour que mes vœux s’accomplissent plus facilement je brûle mon [cœur ?] devant vous en guise de cierge et je baise vos sacrées reliques depuis pater jusqu’amen.
Tâchez, mon cher petit saint, de ne pas vous dérober trop longtemps à mes adorations ora pro nobis, Toto.
Juliette
1 La Saint-Victor est le 21 juillet. Au XIXe siècle on souhaitait la fête patronale la veille.
« 20 juillet 1850 » [source : MVH, α 8421], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e1207, page consultée le 02 mai 2026.
20 juillet [1850], samedi après-midi, 2 h. ¼
Tu m’oublies, mon cher petit bien-aimé, mais moi je pense à toi, je t’aime, je te désire et je t’attends. Il me semble difficile qu’on ne te souhaite pas ta fête aujourd’hui, cela me paraît même tout à fait impossible. Quant à moi, mon adoré, je te la souhaite du plus profond de mon cœur et avec tout ce que mon âme a de plus doux et de meilleur. Sois heureux, mon bien-aimé, en santé, en honneurs, en gloire, en fortune et en joie autant que tu es nécessaire à l’humanité, que tu es grand et sublime, que tu es bon et généreux, que tu es aimé et béni par moi, et tu n’auras rien à désirer en ce monde.
J’espérais que tu viendrais me voir hier au soir en revenant de ton dîner de noce malgré la presque certitude du contraire. C’est-à-dire que je le désirais de toutes mes forces, mais que je n’y comptais pas. Je me suis couchée tristement, en priant le bon Dieu pour toi et pour tous ceux que tu aimes, puis je me suis endormie très tard dans la nuit. Depuis que je suis éveillée je compte l’heure non plus à ma pendule, mais aux battements d’impatience de mon pauvre cœur et il me semble que je t’attends depuis plus d’un siècle. Que sera-ce donc, mon Dieu, si tu tardes encore longtemps ? Je n’ose pas y penser. J’aime mieux espérer et croire en t’attendant que tu vas venir tout de suite.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
