« 2 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 388-389], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e25, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 2 octobre 1853, dimanche matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon grand centaure, ne pas lire SANS TORTS car vous en avez de fameux envers moi et dont l’expiation1 ne se fera pas attendre longtemps si le ciel est juste, ce que j’espère : en attendant tâchez de ne pas vous casser le cou ce matin sur votre Mazeppa2 jersiais3. NOTA BÉNEa : ceci est pour vous, n’allez pas croire que je prenne l’homme pour le cheval et réciproquement le cheval pour l’homme, malgré le rapprochement que je fais de la fougue de votre monture avec celle de l’infortuné du nom duquel j’abuse par extension. Toujours est-il que je vous recommande de ne pas trop faire le sportsmanb et de ménager un peu vos abattis. Du reste, à part un peu de froid, il fait un temps assez beau ce matin et cela ne peut que vous faire du bien de courir la campagne pendant quelques heures. Tout cela, mon amour, ressemble toujours plus ou moins au monologue d’Arlequin lequel ne peut pas venir à bout de raconter à lui-même des histoires inconnues. Quant à moi, j’ai beau me répéter du matin jusqu’au soir que je vous adore, je ne m’apprends rien de nouveau ni à vous non plus, ce qui est absurde. Aussi, je prendsc le parti de me taire sans murmurer, sans murmurer.
Juliette
1 Le poème de Châtiments (V, 13) intitulé « L’Expiation » a été écrit à Jersey à la fin du mois de novembre 1852.
2 Mazeppa : poème des Orientales (XXXIV) qui décrit le supplice de Mazeppa lequel, accusé d’adultère, est attaché nu à un fougueux cheval, les pieds et poings liés, subissant ainsi dans sa chair le galop de sa monture ; « […] et soudain voilà que par la plaine / Et l’homme et le cheval, emportés, hors d’haleine / Sur les sables mouvants / Seuls, emplissant de bruit un tourbillon de poudre / Pareil au nuage noir où serpente la foudre / Volent avec les vents […] ». L’histoire de Mazeppa a inspiré Théodore Géricault et Louis Boulanger.
3 Fin 1852, sur les conseils de Victor Hugo le proscrit Felix Bony ouvre une école publique d’équitation, ce qui lui permet de gagner un peu d’argent. Dans le courant de l’été 1853 le poète ainsi que ses fils et Auguste Vacquerie commencent à prendre des leçons. À en croire les félicitations « Bravo cosaques » que le colonel hongrois et proscrit Téléki adresse au groupe après l’avoir observé galopant sur la plage en 1854, ces leçons finissent par porter leurs fruits (Hovasse, op. cit., t. 2, p. 225).
a « nota bénet ».
b « sportsmann ».
c « prend ».
« 2 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 390-391], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e25, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 2 octobre 1853, dimanche après-midi, 2 h.
Je désespérerais de vous voir, mon petit homme, par ce beau temps si je ne savais pas que vous avez des épreuves à corriger et des lettres à écrire pour la poste d’aujourd’hui. J’avoue que j’ai la lâcheté d’en être très contente au risque de vous donner mauvaise opinion de ma générosité. Telle est ma grandeur. J’espérais que vous seriez venu me voir après votre course. Je crois que vous voilà justement, quel bonheur.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
