22 février 1865

« 22 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 47], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e805, page consultée le 05 août 2026.

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Bonjour, mon doux bien-aimé, bonjour. Il est probable, je le suppose d’après l’absence de signal1, que tu n’as pas plus ni mieux dormi que moi qui n’ai pas dormi du tout. Je me lève à peu près comme je me suis couchée avec la fatigue de plus. J’avais essayé de rester au lit les volets fermés pour voir si le sommeil viendrait mais, peine perdue, rien n’est venu ni viendra, je le sens à l’agitation générale que j’éprouve. Je vois avec regret que ta nuit n’a pas été meilleure que la mienne à moins que ce ne soit le contraire et que tu aies si bien dormi que tu dormes encore. Je tâche de fixer ma pensée sur cette bonne chance pour me faire prendre courage et patience jusqu’à midi où tu me diras au juste ce qui en est. En attendant je pense avec inquiétude à la nouvelle voie dans laquelle je vais entrer : DÎNER EN VILLE. Je sens que je ne peux ni ne dois refuser l’honneur aimable et cordial qu’on me fait sans une grande désobligeance et une grande maussaderie ; et cependant, mes habitudes casanières sont telles, que j’en ressens d’avance une grande tristesse. Je n’ai rien à refuser à ton cher petit Victor2 et par conséquent à ces dames ; j’ai donc dû accepter leur invitation à dîner pour la semaine prochaine. Je vais m’appliquer à vaincre ma sauvagerie d’ici-là pour qu’elles ne s’aperçoivent pas trop de mon peu de sociabilité. Pour cela je n’ai qu’à penser que cela te fait plaisir ainsi qu’à ton fils et à Mme Chenay que la vie uniforme qu’elle mène chez moi doit fatiguer et ennuyera beaucoup à la longue, sans parler de cette brave famille qui doit tenir à honneur et à bonheur de te recevoir chez elle le plus souvent possible. Tout cela vaut bien la peine que je sorte de ma claustration quasi monacale dans laquelle mon amour se plaît. Le cœur est un autel qu’on porte en soi qui permet d’adorer son Dieu partout et toujours, et l’âme peut officier l’amour sous toutes les espèces donc je ne regrette rien puisque je pourrai t’adorer à Georges-Road comme ici3.

J.


Notes

1 Tous les matins, Hugo accroche un linge à sa balustrade pour avertir Juliette qu’il est levé.

2 François-Victor Hugo.

3 La famille De Putron habite à George Road.

Notes manuscriptologiques

a « ennuier ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.