21 février 1865

« 21 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 46], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e755, page consultée le 05 août 2026.

XML

Bonjour, mon cher petit matinal, comment la nuit ? A-t-elle été aussi bonne que la dernière et même meilleure encore ? Est-ce là ce que signifie ton cher petit signal déjà arboré1 ? J’aime à croire que oui et je m’en fais une bonne petite joie entre cœur et âme jusqu’au moment où je te verrai tantôt. Quant à moi, j’ai dormi comme plusieurs noirs réunis. Il me paraît résulter de ton nouveau mode de couchage que tu es forcé de te lever tout de suite, dès que tu entrouvresa les yeux, pour éviter la promiscuité du lit avec le Sieur Sénat, car voilà deux jours que tu te lèves dès patron-minette. Mais comme tu fais état de malmener ton pauvre corps en toute occasion, tu ne peux pas beaucoup regretter ce petit moment charmant du ronronnage et de la rêverie seul à seul sur ton traversin. Quant à Mme Chenay, je suis curieuse de savoir si elle a pu se soustraire encore cette fois à l’invitation caressante de Toutou. Mais ce qui m’intéresse par-dessus toutes ces chienneries, c’est ton sommeil. Pourvu que tu parviennes à dormir tout ton saoul, PEU IMPORTE LE RESTE, AU BOUT DU COMPTE, comme dit le citoyen Papa Lapin2. Cela me fait souvenir que nous avons à dîner ce soir toute cette excellente famille de Putron. J’espère que ma table sera raccommodée et en place pour ce soir, autrement je ne sais pas comment je ferais pour placer tout le monde. Je vais m’en occuper sérieusement d’ici [illis.]. Le temps est assez nébuleux ce matin et peu propice à la promenade, ce qui me laisserait moins de regret de ne pouvoir pas sortir tantôt avec toi puisqu’il faut que je sois toujours là pour surveiller les jocrisseries d’Elisabeth qui progresse en sens inverse du bon sens et de la raison. Cette nécessité de la diriger à nouveau tous les jours pour les plus petites comme pour les plus grandes choses [m’est ?] un esclavage très maussade et très agaçant. Je le sens surtout quand cela me prive de sortir avec toi presque toujours en général et aujourd’hui en particulier. Ce ne sont là que des contrariétés de domestiques mais qui ont leur côté pénible souvent. Heureusement que je fais face à tout en t’adorant.


Notes

1 Tous les matins, Hugo accroche un linge à sa balustrade pour avertir Juliette qu’il est levé.

2 Surnom qu’elle donne à Henri Marquand.

Notes manuscriptologiques

a « tu entr’ouvres ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.