13 février 1865

« 13 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 39], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e460, page consultée le 06 août 2026.

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Où en es-tu de ta nuit, mon cher bien-aimé ? Dois-je m’en réjouir ou m’en attrister ? That is the question que je me fais tous les matins et à laquellea tu réponds tant bien que mal tous les jours à midi quand je te vois. En attendant je suis obligée de me faire la conviction qui me plaît le plus, à savoir que tu as bien dormi, que tu te portes bien et que tu m’aimes. Quelle belle lettre encore tu as faite hier, mon grand bien-aimé. Tu as une manière délicate de donner des horions sur le nez des gens et des préjugés que j’admire. L’Angleterre peuple et l’Angleterre aristocratie pourront comparer demain ta sublime pichenette à son brutal coup de poing et la générosité intarissable de ton dévouement à l’humanité avec son égoïsme national incurable. Le triste c’est que cela ne l’empêchera pas présentement d’étrangler ce malheureux Polionib1. Les hommes d’Etat anglais sont économes et bon ménagers. Ils veulent user leur potence jusqu’à la corde avant de songer à faire un code neuf qui épargne la vie humaine. Grand bien leur fasse jusqu’au moment où le patatrasc général les culbutera, eux et leur hideux engin de mort. En attendant voici Henry le jardinier qui décapite mes trois beaux petits arbres dans l’intérêt de mon poulailler et de mon jardin. Cette raison CAPITALE ne m’empêche pas de regretter la belle prestance de ces trois vigoureux chênes verts massés au bout de mon jardin. Je crains que cette fois le proverbe : le mieux est l’ennemi du bien, n’ait encore raison, et je reconnaîtrai trop tard que ni mes poules, ni le brin de persil de Suzanne n’avaient besoin de cette mutilation pour se bien porter. Enfin puisque le sort en est jeté, subissons-le, quitte à protester plus tard. Pourvu que tu aies bien dormi, je me tiens pour heureuse aujourd’hui. Je t’aime.


Notes

1 Victor Hugo est prié, par M. Lilly, philanthrope anglais, d’intervenir pour empêcher l’exécution de Polioni, italien condamné au gibet pour un coup de couteau donné dans un rixe de cabaret. (Actes et Paroles II, pendant l’exil, dans CFL, p. 896).

Notes manuscriptologiques

a « aux quelles ».

b « Polionni ».

c « patatra ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.