« 12 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 38.], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e408, page consultée le 05 août 2026.
Guernesey, 12 février 1865, dimanche, 7 h. ¾ du matin
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour et bonheur si tu as passé une bonne nuit, comme je l’espère. Quant à moi, j’ai dormi à bâtons rompus mais j’ai dormi et je ne me plains pas et je veux que tu m’aimes. Pour cela il ne faut pas que tu te contraignes en quoi que ce soit. Il faut que tu te sentes libre dans ma confiance et dans mon amour. Je te le demande avec ce que j’ai de plus tendre et de plus honnête dans le cœur. Je ne sais pas si je pourrai sortir tantôt car je suis prise à mon tour de la même indisposition que celle de Mme de G.1. Peut-être cela sera-t-il passé tantôt, auquel cas je serai trop heureuse de faire le grand triangle avec toi. En attendant, je m’aperçois que je n’ai plus de papier à restitus, ceci est le dernier morceau qui me reste. Je remarque aussi que voilà deux numéros de la gazette que tu oublies de me donner et qui contiennent peut-être des guerneseyries farces et bonnes à conserver. Mais je n’y peuxa pas que faire… autre chose que de vous en avertir. Je vais écrire tout à l’heure à ma pauvre Émilie de Montferrier que j’ai probablement froissée et attristée par ma franchise peut-être mal éclairée. Je ne veux pas lui laisser ce surcroît de chagrin et je vais lui écrire le plus cordialement et le plus tendrement que je pourrai. C’est bien le moins que, ne pouvant pas lui faire aucun bien, je ne lui fasse aucun mal. Le moment n’est pas venu encore, hélas ! où nous pourrons lui payer la dette d’hospitalité que nous avons contractée envers elle à travers son pauvre mari2. En attendant je veux qu’elle se sente aimée par toi et par moi. Je crois que cela lui portera bonheur et à nous aussi. Je t’adore.
1 Vraisemblablement Madame de Garis, qui épousera bientôt Henri Marquand.
2 Madame de Montferrier avait accepté d’héberger Victor Hugo recherché activement au lendemain du coup d’État de décembre 1851. Victor Sarrazin de Montferrier, époux de Madame de Montferrier, était le gérant d’un journal bonapartiste. On risquait peu de chercher Victor Hugo chez lui. (Pouchain, p. 256 ; Hovasse, p. 1155).
a « je n’y peu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
