« 15 février 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 26], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6114e76, page consultée le 01 mai 2026.
Paris, 15 février 1874, dimanche soir, 5 h. ½
Cher bien-aimé, je lâche mes pattes de mouches à tes trousses avec ordre d’emboîter le pas dans ton pas et de faire en sorte que tu ne DÉVIESa pas de la voie de la vertu tout le temps de ta promenade mystérieuse. J’espère que tu ne leur donnerasb pas trop de fil à tordre pendant cette longue et aventureuse pérégrination de ce soir. Mme Charles vient de partir après m’avoir priée de te dire que, vu la timidité du jeune Charles Simon1 vis-à-vis de toi, elle croyait nécessaire de lui adjoindre un compagnon de table à ton dîner de jeudi prochain qui serait Pelletan2. J’ai pris sur moi de l’assurer que je n’y voyais pas d’inconvénients, bien que je trouve, à part moi, le jour bien mal choisi que le jour de l’apparition de ton livre3, pour donner à dîner. Enfin j’espère que je serai assez forte pour m’occuper utilement de ton coche ce soir-là et que Suzanne ne se livrera pas trop à son péché mignon. En attendant je fais tout ce que je peux pour reprendre des forces, car je suis impatiente de rentrer dans le traintrain de la vie. Tremblez ! Je ne te dis que ça, mais c’est terrible ! Maintenant jetez-moi de la poudre au... dos, je ne m’y oppose pas.
1 Charles Simon (1850-1910) est le fils de Jules Simon. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, il prit part au combat de la redoute de Montretout en tant que sous-lieutenant dans un bataillon de marche de la Garde nationale. En 1872, il collabore au journal Le XIXe siècle. En 1875, il est nommé secrétaire-rédacteur au Sénat, puis chef du secrétariat du Sénat. En 1876, il devient chef de cabinet de son père, alors ministre de l’Intérieur et président du Conseil jusqu’en 1877. Il sera battu aux élections législatives du 14 octobre 1877 à Castres par le député monarchiste sortant. En 1878, avec son frère Gustave, il crée le journal Le Petit Nord à Lille, puis Le Petit Bleu à Paris qui sera très actif pendant l’affaire Dreyfus. Dans les années 1890, il se tourne vers l’écriture théâtrale. En 1898, sa pièce Zaza remportera un très grand succès.
2 Eugène Pelletan (1813-1884) fut journaliste à La Presse. Ami de Lamartine et de George Sand, il participe au banquet des Misérables le 16 septembre 1862 à Bruxelles et fait partie du comité qui doit organiser, au Grand-Hôtel, un banquet pour Shakespeare le 23 avril 1864 qui n’aura, finalement, pas lieu. En 1864, il est initié franc-maçon dans la loge l’Avenir, dont il est devenu vénérable, avant d’entrer au Conseil de l’ordre du Grand Orient de France. Adversaire farouche de Napoléon III, il est député républicain de la Seine de 1863 à 1870 dans le Corps législatif. Le 4 septembre 1870, il est ministre sans portefeuille du Gouvernement de la Défense nationale. De 1871 à 1876, il est député des Bouches-du-Rhône dans l’Assemblée nationale. Il finira sa carrière politique comme sénateur des Bouches-du-Rhône de 1876 à 1884. Considéré comme l’un des pères fondateurs de la IIIe République, il est élu sénateur inamovible en juin 1884.
3 Publication de Quatrevingt-treize.
a « DÉVIE »
b « donnera ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
