16 février 1874

« 16 février 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 27], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6114e154, page consultée le 02 mai 2026.

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Cher bien-aimé, cette fois-ci c’est pour de vrai et pour de bon que je vais tout à fait bien, ce qui m’est une double et une triple joie à cause de toi, d’abord, qui sera restitué à ta chère petite famille et à tes amis dont tu étais privé depuis le premier jour où j’ai pris si bêtement le lit, pour notre doux et cher anniversaire1 qui mérite qu’on le fête toutes ailes déployées, aussi bien celles de la santé que celles du cœur, et pour moi, enfin, qui trouve que j’en ai plein le dos, depuis trop longtemps, de la bronchitea et de la grippe. Donc c’est dit et fait ; à partir d’aujourd’hui, je rentre tout doucettement dans la libre pratique de la vie et j’envoie tous les médicamentsb au diable, y compris la fameuse poudre de perlimpinpin qui ne fait ni mal ni bien, mais qui a le don suprême d’embêter ceux et celles qui croient à sa vertu. Vous voyez que j’ai la crânerie de mon opinion. Je ne pense pas pouvoir reprendre avant deux ou trois jours mes comptes avec Suzanne. Seulement je te fais remarquer que c’est aujourd’hui que son mois échoitc. À ce sujet, j’aurais à te parler sérieusement du parti à prendre pour son renvoi définitif le mois prochain et sur son expédition à Guernesey. Si tu as un moment à me donner tantôt pour cela, j’en serai très contente.

Je t’aime, je t’admire, je te vénère, je t’adore.


Notes

1 La nuit du 16 au 17 février 1833 est la première que Juliette Drouet et Victor Hugo ont passée ensemble. Victor Hugo a écrit à Juliette Drouet en datant sa lettre du « 16-17 février 1874 » et en nommant cette nuit « le jour rose » (Victor Hugo à Juliette Drouet, 16-17 février 1874 ; CFL, t. XV-XVI/2, p. 582). Dans ses carnets, il notera : « 16-17 février. ― Notre anniversaire. Je passerai toute la journée auprès d’elle sans sortir autrement que pour aller dîner chez Paul Meurice avec elle, et la ramener. Je lui annonce toute cette journée pour elle. Elle est contente, et moi aussi. » (CFL, ibid., p. 846). Il lui écrit : « Je ne veux pas t’écrire sur du papier de deuil. C’est aujourd’hui le jour rose. Noas âmes de là-haut, qui sont nos anges, m’approuvent de ne rien mettre de noir dans cette céleste joie de notre amour. O ma bien-aimée, il y a aujourd’hui quarante et un ans ! Comme moi, tu te souviens. Je n’avais que trente ans, tu n’avais que vingt-six ans, aujourd’hui j’en ai soixante et onze et toi soixante-sept ! Mais quelle jeunesse dans nos cœurs ! Tu as gardé ta beauté, même celle du corps ; et tu as augmenté ta splendeur comme âme. Tu es comme une lumière vivante. Quand j’approche trop près de cette lumière, elle me brûle, et tu me grondes doucement. Oh ! je t’aime, vois-tu ? Je baise tes pieds qui me guident sur la terre et tes aîles qui me porteront au ciel ! »

Notes manuscriptologiques

a « bronchitte ».

b « mécaments ».

c « écheoit ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.

  • 19 févrierQuatrevingt-treize.
  • 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
  • OctobreMes fils.