« 21 mai 1866 » [source : Collection particulière, MLM, 62260 0019/0021], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4927e813, page consultée le 05 mai 2026.
Guernesey, 21 mai [18]66, lundi matin, 7 h. ¼
Cher adoré bien aimé, ta lettre a toutes les senteurs du paradis et tout l’éclat des astres1. J’en ai l’enivrement et l’éblouissement comme si je respirais ton âme en pleine lumière de ton génie. J’en suis ravie et confuse comme le jour où tu m’as dit pour la première fois : JE T’AIME. À ce moment-là j’avais peur de n’être pas assez belle pour tes baisers, aujourd’hui je crains de n’être pas assez ange pour ton amour ; et pourtant Dieu sait si je t’aime et comment je t’aime. Mes scrupules sont encore de l’amour, modestie et orgueil, fierté et humilité, tout est amour en moi. Je t’admire comme un humble esprit que je suis ; je t’adore comme un être divin que tu es.
Je baise un à un chaque mot de ta ravissante lettre en attendant que je l’étreigne sur mon cœur. Je ramasse le bouquet symbolique que tu mets si galamment à mes pieds et je m’en fais une couronne de gloire. Certes il n’est pas donné à beaucoup de couples de s’aimer sur la terre pendant trente-trois ans sans un moment de regret ou de lassitude et de se retrouver après toutes ces années plus épris et plus enivrés l’un de l’autre que nous le sommes aujourd’hui. Béni soit cet amour qui a fait notre bonheur en cette vie et qui sera notre extase dans l’éternité. Comme toi, mon doux bien aimé, j’ai passé une admirable nuit et je me porte admirablement bien ce matin. Merci d’avoir mis ta nuit et ta santé à l’unisson des miennes. C’est un bonheur de plus à ajouter à tous ceux que je te dois. Je voudrais recommencer ce gribouillis, non pour te dire autre chose, mais pour prolonger la joie de causer avec ton cœur sans fatiguer ton esprit. Je t’adore.
1 Le 21 mai, pour la Sainte Julie, Hugo a écrit une lettre rituelle à Juliette, adressée à « Ma Dame ». Elle est publiée par Jean Gaudon, ouvrage cité, p. 244, et commence ainsi : « Quel doux accord de la saison et de ta fête ! Le mois de mai t’appartient, ma bien-aimée. Cette auréole et ce printemps s’entendent pour te faire une auréole […]. »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils passent de longues vacances en Belgique.
- 12 marsLes Travailleurs de la mer.
- 15 juinHugo fait déposer chez elle une malle contenant des manuscrits et des inédits.
- 20 juin-10 octobreVacances en Belgique.
- 17 aoûtNaissance de sa petite-nièce Marguerite, fille de son neveu Louis Koch.
