« 7 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 346-347], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e293, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 7 septembre 1853, mercredi après-midi1, 3 h.
À la restitus, je ne suis pas si prompte, mon doux adoré, et comme cela ne peut pas augmenter mon amour, ni diminuer ma stupidité, ni vous faire venir une minute plus tôt et vous en aller une seconde plus tard, j’en prends à mon aise avec les gribouillis tant que mon MÉNAGE n’est pas fait et que mes zardes ne sont pas raccommodées. Mais, s’il en était autrement, avec quelle ardeur je me précipiterais dans l’écritoire et comme je vous embarbouillerais de mes pataquès avec joie ! Malheureusement, cela n’y peut rien, c’est ce qui me décourage et m’ôte toutea imagination. Aussi, je n’emboîte les pattes de mouche qu’à la dernière extrémité et quand je ne sais plus que faire de mon cœur et comment traîner mon impatience de vous voir jusqu’au moment où vous pourrez venir. Voilà ce que j’essaye de faire à présent avec une résignation digne d’un meilleur style. Et puis je vous aime, et puis je vous plains d’avoir si vilain temps pour votre trip2 et puis je bisque et puis je vous adore ce qui est la même chose.
Juliette
1 Au-dessus de « après-midi », le chiffre « 2 » a été ajouté.
2 Trip : voyage, excursion en anglais.
a « tout ».
« 7 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 348-349], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e293, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey1, 7 septembre 1853, mercredi après-midi, 3 h. ½
Ce temps qui serait maussade pour tout le monde ne vous empêchera pas de vous amuser, mon cher adoré, car vous avez en vous tous les soleils, sans compter tous les astres qui gravitent autour de vous. Mais moi, je suis dans la nuit la plus obscure, c’est-à-dire dans l’embêtement le plus carabiné. C’est à peine si j’entrevois une pauvre petite espérance à l’horizon de vous revoir ce soir. Il est vrai que l’astronomie n’est pas mon fort et que la manie de vous aimer est mon faible. Tout cela fait que je suis assez mouzon ce soir et que je ne demanderais pas mieux que d’embrasser Boustrapa2 même avant sa CHUTE dans ce que vous savez. Ajoutez à tous mes ennuis celui de n’avoir pas réussi probablement à vous envoyer votre charbon3 ce soir et vous comprendrez que le NOIR me déborde de toutes parts. Cependant je tiens à finir mon gribouillis par un peu de rose et de gaîté. Pour cela je regarde vos chers petits portraits4 et je les baise, puis je vous attends et je vous espère un peu et puis enfin je vous adore en toutes couleurs.
Juliette
1 « Jersey » est précédé du chiffre « 5 ».
2 Boustrapa : Un des sobriquets attribués à Louis-Napoléon Bonaparte, formé des premières syllabes de Boulogne, Strasbourg et Paris, trois lieux où il tenta des coups d’État.
3 Au-dessous de « charbon », on lit « supprimé », et en-dessous « ils ont étouffé B ».
4 Juliette collectionne les portraits de Victor Hugo produits par l’atelier aménagé dans une des pièces au rez-de-chaussée de Marine Terrace, et dont Charles Hugo et Auguste Vacquerie sont les principaux opérateurs.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
