6 septembre 1853

« 6 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 342-343], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e205, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour, la joie de mes yeux, bonjour, l’adoration de mon âme, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? Cette vilaine oppression a-t-elle enfin disparua ? As-tu bien dormi ? Je suis bien impatiente de savoir tout cela car je t’ai vu partir hier pour le CIDRE1Le Flô avec un petit sentiment d’inquiétude causée par cette malencontreuse oppression. Cependant, et malgré cette légère pointe de tristesse, je dois avouer que j’ai été bien heureuse de notre promenade et de notre espèce de dîner quelque courts et quelque incomplets qu’ils aient été. Je suis toute prête à recommencer, le tout dans les mêmes conditions et même sans aucune espèce de MOUTON pour auxiliaireb. Il ne tient qu’à vous d’enc faire l’expérience tout de suite EX ABRUPTO IN NATURALIBUS. En attendant, je vous permets de vous baigner et de chevaucher2 pour votre santé et pour votre plaisir. Tâchez seulement de vous garder un peu pour moi et de m’aimer à pied et à cheval, sur la terre et sur l’onde. Quant à moi, je vous aime dans toutes les positions du monde et sur tous les éléments.

Juliette


Notes

1 Soirée ou dîner entre proscrits.

2 Hugo prend des cours d’équitation avec le proscrit Félix Bony.

Notes manuscriptologiques

a « disparue ».

b « auxilliaire ».

c « dans ».


« 6 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 344-345], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e205, page consultée le 01 mai 2026.

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J’espérais te voir ce matin, mon cher petit homme, car j’avais besoin de savoir si tu avais passé une bonne nuit et si ton oppression était dissipée. Aussi, j’ai été bien désappointée et bien triste quand j’ai vu l’heure passera et aucune nouvelle de toi. Je ne te gronde pas, mon pauvre adoré, mais j’ai peur que tu ne sois plus souffrant. Aussi, dès que tu pourras t’échapper de chez toi, je te serai bien reconnaissante de venir me rassurer.

En attendant j’ai écrit à mon neveu pour avoir l’air et les paroles très exacts de notre vieille chanson1. J’insiste beaucoup sur ces deux points : la fidélité des notes et des paroles pour qu’il n’y ait aucune erreur possible pour les personnes qui voudront chanter ton adieu si triste et si doux à la patrie2. Je recommande en outre qu’on ne perde pas une minute pour m’envoyer ce renseignement. Puis j’en fais autant envers toi, mon adoré, pour que tu viennes me tranquilliser le plus tôt possible. D’ici-là, je vais t’aimer tristement et en me tourmentant plus que de raison. À bientôt mon adoré, mais surtout, ne souffre pas.

Juliette


Notes

1 Juliette entretient une correspondance avec ses uniques parents encore en vie (sa sœur Renée mariée à Louis Koch, et son neveu Louis Koch (fils) qui épousera Ottilie) où s’exprime leur profond attachement réciproque. Dans une lettre du 27 octobre 1854 son beau-frère fait référence à la chanson qu’il a pu trouver « […] Je vous envoie ce que j’ai pu récolter de la chanson en question. Cela devient plus difficile que l’on ne croit, il n’y a plus de marins en France. Ils sont en Russie. Je ne perds pas courage et ferai mon possible de venir à mes fins. On m’a promis le reste de cette chanson […] » La chanson recopiée s’intitule Le Corsaire ; dans Juliette Drouet, Lettres familiales, texte établi et présenté par Gérard Pouchain, Éditions Charles Corlet, 2001, p. 48.

2 Hugo dédicace à Juliette le poème « Le chant de ceux qui s’en vont sur mer – Air breton » (Châtiments, Livre V, 9), composé à Jersey en juillet 1853.

Notes manuscriptologiques

a « passée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.