1 septembre 1853

« 1 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 330-331], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit cavalier1, bonjour, malgré vent et marée, pluie et insomnie, je vous aime. J’espère que tu auras passé la nuit mieux que moi ce qui ne t’aura pas été difficile car je n’ai pas fermé l’œil. J’ai brûlé une bougie tout entière en attendant le sommeil qui n’est pas venu. Aussi ce matin je suis épuisée de fatigue et de malaise. Mais cela n’est rien à côté de l’éternité et de votre tempérament difficile à l’endroit des bas de coton et des mouchoirs en fil. Cependant, je dois avouer que vous avez eu un beau mouvement de torchon hier. Encore un peu et vous atteigniez au sublime. Il n’aurait tenu qu’à moi d’en abuser et si je n’avais pas eu pitié de votre généreux égarement. Une autre foisa je serai moins scrupuleuse, tenez-vous pour averti et soyez prudent.

Je n’aurais pas mieux demandé que de prendre un bain ce matin, cela m’aurait décourbaturée et fait beaucoup de bien. Malheureusement cela n’est pas possible, ce dont j’enrage. Il est probable que lorsque je le pourrai, il fera un froid de chien qui m’en empêchera par suite et fin de mon guignon habituel. Pauvre adoré, je vous plains d’être continuellement en but à mes jérémiades et aux variations atmosphériques de ma stupidité quoique ce soit un peu votre faute et parce que je vous aime trop.

Juliette


Notes

1 Hugo prend des cours d’équitation auprès du proscrit Félix Bony.

Notes manuscriptologiques

a « autrefois ».


« 1 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 332-333], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Le 1er BRE1 s’annonce d’une manière peu rassurante pour la suite de cette maussade syllabe. Du reste jusqu’à présent il n’y a pas le plus petit bateau signalé. Il est probable que l’effroyable tempête de cette nuit aura empêché les bâtiments de marcher et que les lettres ne seront distribuées que demain matin. Ce retard n’est regrettable que pour les épreuves de ton livre2 car autrement les nouvelles de l’Europe en général, et de la France en particulier, sont assez piteuses pour qu’on tienne à les recevoir plus tard que tôt. J’ai bien de la peine à me dépêtrer de ma phrase. Tout cela n’empêche pas que vous ne soyez bien gentil d’être revenu hier au soir après vos fringants exercices. Je vous en ai remercié du fond de mon pauvre cœur reconnaissant et inquiet. Aujourd’hui, je serais bien heureuse si vous pouviez venir de bonne heure. Cependant si cela ne se peut pas je n’en serai pas moins tendre et moins résignée envers vous et envers mon guignon. En attendant je vous souris, je vous porte à bras tendu et je vous aime de toutes mes forces. Si vous n’êtes pas content ce ne sera pas de ma faute puisque je tâche d’être GEAIE.

Juliette


Notes

1 Pour septembre.

2 Avant la parution des Châtiments le 21 novembre 1853 à Bruxelles Victor Hugo entretient une correspondance régulière avec Pierre-Jules Hetzel et échange courriers et épreuves avec Jean-Baptiste Tarride. L’arrivée des bateaux postaux à Jersey revêt donc une importance particulière.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.