« 31 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 326-327], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1726, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 31 août 1853, mercredi après-midi, 2 h. ½
J’étais en train de ranger le tiroir au papier lorsque j’ai aperçu le nez de Vacquerie qui marchait sous ma fenêtre, suivi de votre cher petit museau allongeant le pas derrière lui. Du reste, vous étiez tous chargés comme des mulets, y compris le jeune Charles qui n’a pas l’air beaucoup plus amusant que son ex-carabinier. Tout ce cortège ne me promet pas un après-midi filé d’or et de luncheons, aussi je me prépare à le passer solitairement à l’ombre de ma vigne desséchée. Quant à vous, messieurs les grands artistes, il me semble que vous commencez votre journée un peu tard. Après cela vous êtes libres et je me trouve un peu bien indiscrète de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Avez-vous pris votre bain ? Quant à moi, je subis le plus stupide et le plus embêtant des EMBARGOS1. Cependant si cette mystification se prolongeait jusqu’à demain, j’en prendrais gaillardement mon parti en me plongeant dans L’ONDE AMÈRE. Jusque-là j’attends selon ma louable habitude. Est-ce aujourd’hui que vous commencez votre MANÈGE2 ? Alors, il n’est que trop probable que je ne vous verrai pas beaucoup. Mais que cela ne vous arrête pas, mon cher petit homme, car avant tout je ne veux pas vous gêner et vous empêcher de prendre toutes les distractions utiles à votre santé et à votre plaisir. Telle est ma grandeur.
Juliette
1 Allusion probable aux règles.
2 Hugo prend des cours d’équitation avec le proscrit Félix Bony.
« 31 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 328-329], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1726, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 31 août 1853a, mercredi après-midi1, 2 h. ½
Voici un bien beau rayon de soleil, mon amour, tâchez de le mettre à profit pour me revenir le plus tôt possible.
J’ai beau vouloir rappeler ma pensée ici, elle fait la sourde oreille pour vous suivre où vous allez, si bien que je ne sais que vous dire après cela. Je suis bien bonne de m’en tourmenter. En somme vous ne me l’avez pas donnée à garder. Et me l’eussiez-vous donnéeb, qu’à l’impossible nul n’est tenu ; et puisque cette folle vagabonde veut courir après vous, eh bien ! qu’elle aille, je ne la retiens pas. J’ai bien assez à faire de traîner mon corps sans âme autour de ma chambre sans m’occuper de ce que devient ma pensée. Justement vous voici. Quel bonheur ! je suis dispensée de remplir CETTE HIDEUSE FEUILLE DE PAPIER2.
1 À la ligne supérieure, on lit « 4 – ».
2 La lettre n’est pas signée.
a « 1854 ».
b « donner ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
