11 juillet 1874

« 11 juillet 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 132], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d2996e315, page consultée le 05 mai 2026.

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C’est une bien douce et c’est une bien dangereuse habitude aussi, mon grand bien-aimé, que celle de t’écrire au jour le jour comme je le fais, quels quea soient le temps et les circonstances qui se présentent. Cela a l’inconvénient de confondre dans un seul gribouillis ce que le cœur contient de plus tendre avec ce que la vie a de plus ennuyeuxb, de plus pénible et de plus triste. Il faudrait un esprit plus souple que le mien et un cœur moins susceptible pour équilibrer ce doit et avoir1 de bonheur et de déception qui incombe à chacun pour sa part. Malheureusement je ne connais pas plus cet arithmétiquec-là que l’autre. De là vient que je suis toujours en deçà ou au-delà (pas assez souvent hélas pour celui-ci) de ce que je peux donner et de ce que je dois recevoir. De là les nombreux et douloureux malentendus entre nous. Peut-être la solution serait-elle de me décharger d’une responsabilité trop grande pour ma capacité, du moment où le cœur ne suffit pas pour la justifier. Je te conjure d’y penser et de ne pas te gêner avec moi. Tout à l’heure j’ai porté chez toi une lettre très pressante d’une des nombreuses aspirantes à ta confiance. Pour t’épargner tout embarras vis-à-vis d’elle et vis-à-vis de moi, je t’offre de me retirer tout de suite où tu voudras et dans les conditions que tu voudras. Pourvu que tu te sentes heureux et tranquille à nouveau, avec un meilleur service que celui que je te donne à grand-peine, je ne demande rien plusd et je trouve que la destinée a assez fait pour moi et je ne réclame rien de plus que l’honneur de mourir ignorée et en paix comme j’ai vécue pendant les premiers dix-sept ans de notre amour2. Cela vaut mieux que de te mécontenter et d’entraver sans le vouloir le bonheur auquel tu aspires et auquel tu as droit.


Notes

1 « Le doit et avoir » : l’actif et le passif (Littré).

2 Le 28 juin 1851, Juliette Drouet a la révélation de la liaison de Victor Hugo avec Léonie Biard en recevant « un certain nombre de lettres que Hugo lui [avait] adressées depuis sept ans. » (Gérard Pouchain et Robert Sabourin, op. cit., p. 249). Pour Juliette Drouet, ce seront « " les sept années que rien ne peut effacer ". » (Ibid., p. 250).

Notes manuscriptologiques

a « quelque ».

b « ennuieux ».

c « arthrimétique ».

d Paul Souchon écrit « rien de plus ».

e « vécue »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.

  • 19 févrierQuatrevingt-treize.
  • 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
  • OctobreMes fils.