12 avril 1853

« 12 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 373-374], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e869, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Bonjour, mon beau lion, bonjour, mon grand bien-aimé, bonjour mon doux, mon ravissant, mon ineffable adoré, bonjour. J’ai eu à lutter encore contre la tentation de l’infidélité mais je n’y ai pas cédé et j’ai couché très honnêtement avec mon premier Toto. Sans le vouloir, mon cher petit homme, tu as fait de mon anniversaire de naissance un jour de bonheur hier ; doublement heureux par notre chère petite promenade et par ton prodigieux portrait. Jusqu’à présent je n’avais jamais eu l’occasion de mettre cette triste naissance sous un souvenir heureux. Grâce à toi, grâce à ces deux adorables bonheurs d’hier, cette pauvre date du 11 avril se détache en joie sur le fond terne et gris de ma vie. Merci, mon cher adoré, d’avoir fait de ce jour, de plus en plus maussade, un souvenir charmant plein de soleil, de pâquerettes, de ton image et de mon amour. Il me semble que chacune des joies que tu me donnes ici-bas refleurit au ciel sous la forme d’une étoile tant elles dégagent de mon âme de reconnaissance étincelantea et d’amour rayonnant. Merci, mon Victor, si mon bonheur entre pour quelque chose dans le tien propre tu dois te sentir bien heureux chaque fois que tu me fais heureuse. Sois bénib, je t’adore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « étincellante ».

b « bénis ».


« 12 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 375-376], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e869, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Tu sais toute mon âme par cœur, mon cher petit bien-aimé, aussi je n’ai rien de nouveau à t’apprendre de ce côté-là. D’autre part, ma vie est si solitaire, si sédentaire et si inutile que je ne trouve pas le plus petit mot à mettre dessous. C’est pourquoi je recommence imperturbablement le même gribouillis depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre sans y rien changer car les jours se suivent et mon amour se ressemble comme deux gouttes de pluie. Cependant, mon cher petit bien-aimé, je ne suis pas insensible, tant s’en faut, à tes généreuses tendresses car depuis hier je suis dans la joie la plus vive de mon nouvel hôte et Dieu sait toutes les caresses que je lui ai faitesa depuis qu’il fait partie de MES AMOUREUX mais ce cher petit lion en surexcitant mon amour ne me donne pas un liard d’esprit de plus, ce qui fait que je suis toujours aussi pauvre (d’esprit) dans un temps que dans l’autre1. C’est très ennuyeuxb pour toi mais c’est très humiliant pour moi. Si c’est une compensation elle est assez médiocre pour que je ne te l’offre pas. Je préfère à tout prendre te donner mon cœur comme il est sans y rien changer.

Juliette


Notes

1 La veille, pour l’anniversaire de Juliette, Hugo lui a offert son propre portrait photographique.

Notes manuscriptologiques

a « fait ».

b « ennuieux ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.