« 11 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 369-370], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e808, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 11 avril 1853, lundi après-midi, 2 h. ½
Je ne vaux pas beaucoup plus qu’hier, mon cher petit homme, au compte de la migraine et de la courbature. Cependant, si le cœur te disait d’une petite promenade, je prendrais mon courage à deux jambes et je te suivrais où tu voudrais aller. Mais cela n’est guère probable vu le beau temps et la photographie Chaumontel ; laquelle a dégotté le carabinier de Charles bien qu’il ne fût guère moins amusant qu’elle si j’en juge par le service qu’il t’a fait. Ceci étant prévua, je ne serai pas surprise de ne pas te voir avant sept heures moins un quart, trop heureuse encore si à cette heure-là tu n’as pas toi-même mal à la tête ou des douleurs de cœur. Voilà, mon cher petit Toto, l’état sanitaire de mon corps et de mon esprit. Vous voyez qu’on fait ce qu’on peut pour empêcher la contagion d’arriver jusqu’à vous en vous laissant toute liberté au risque que vous en abusiez pour modifier l’orthographe de votre nouveau SYSTÈME. Mais j’ai à cœur de ne pas vous gêner, dussé-jeb en crever un peu plus tôt, mon Toto.
Juliette
a « prévue ».
b « dussai-je ».
« 11 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 371-372], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e808, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 11 avril 1853, lundi après-midi, 3 h.
Je me figure que les bonshommes que je vois errer dans les rochers en face de votre terrasse pourraient bien être les habitants de cette même Marine Terrace1 et je suis des yeux tous leurs mouvements avec le plus tendre intérêt au risque d’user mon attention sur d’affreux goémoneurs jersiais. Du reste vous êtes bien hideux d’avoir une bonne lorgnette quand moi je n’en aia pas du tout. Cet égoïsme paillard me révolte et m’exaspère et je ne sais ce qui me retient d’en faire venir une LEREBOURS2 dont vous feriez les frais. C’est cela qui serait FRAIS, l’eau m’en vient aux yeux rien que d’y penser. En attendant voyez comme la migraine, votre absence et l’embêtement carabinent ma stupidité. J’en ai vraiment honte pour vous. On a beau être dans une île, il ne doit pas être permis d’être si bête que ça. Après cela j’ai la conscience que ce n’est pas de ma faute et que je ne le fais pas exprès. Tâchez que cela vous serve de consolation si c’est possible. Quant à moi je me résigne à mon sort le pire que je peux.
Juliette
1 Marine Terrace : nom de la demeure de la famille Hugo à Jersey.
2 Noël Lerebours (1807-1873) reprend la boutique d’optique de son père, installée place du Pont-Neuf à Paris. Associé à Marc Secrétan, il produit des lentilles et des lunettes très performantes. Il s’intéresse aussi à la pratique du daguerréotype.
a « n’en n’ai ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
