« 26 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 425-426], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1800, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 26 avril 1853, mardi matin, 8 h.
Bonjour mon Toto, bonjour, mon cher petit paresseux. Vous n’êtes pas revenu hier au soir mais je dois convenir que malgré votre paresse, et surtout à cause d’elle, je n’y comptais pas du tout. Ainsi mon regret a été ce qu’il est d’habitude quand je ne vous vois pas, sans augmentation de déception et de mystification. Quant à aujourd’hui, je ne sais pas ce que vous préméditez à mon égard mais je voudrais que ce fût quelque bonne petite promenade bien ensoleillée et bien longue. Ce souhait n’est pas défendu, même dans une île, n’est-ce pas ? En attendant qu’il se réalise ou qu’il aille rejoindre tous les autres dans le gouffre de l’arriéré, je vous aime d’abondance et sans la moindre restriction. Telle est ma grandeur. J’ajoute encore ceci à ma magnificence, c’est que je n’allume pas de feu ce matin et que je lutte avec l’onglée sans sourciller. Cela ne m’empêchera pas de tirer le diable par la queue, quitte à ce que cet exercice ne me réchauffe pas beaucoup.
Dites donc, vous, et mes CHAPEAUX ??? Si vous croyez que cela se passera en conversation, vous vous vous trompez GROSSIÈREMENT, quand je devrais en jeter mon bonnet par-dessus les moulins et aller les chercher de force chez vous.
Juliette
« 26 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 427-428], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1800, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 26 avril 1853, mardi midi
Voici ma pauvre promenade, c’est à dire mon bonheur, renvoyée aux calendes jersiaises1. Cette manière de faire mon bonheur ne manque pas de grincements de dents et je m’y livre avec d’autant plus d’ardeur que je prévois que plus vous irez et plus vous photographierez à mes dépensa. Cette perspective, toute charmante qu’elle soit ne me satisfait pourtant que médiocrement, tant je suis difficile à contenter même dans une île. Je l’avoue avec simplicité et je bisque avec art. Ce n’est pas du reste que le temps soit supercoquentieusement beau mais je crois que cela ne variera pas beaucoup et que la différence du boudeur au maussade, du grognon au triste sera tout ce [que] nous verrons de plus aimable dans cette île enchanteuse. D’ailleurs je m’en fiche, pour ce que j’en profiterai. Peu m’importe quelle mine il fera, ce temps du bon Dieu. Ah ! Voici la Suzarde avec une paire de soles qui vous est destinée. Le pays ABONDANT étant donné, elle n’est pas très chère mais, à Paris, elle coûterait moitié moins en l’honneur de la capitale du monde civilisé et de Boustrapa. Baisez-moi et venez si vous avez du cœur, ce dont je doute.
Juliette
1 Juliette joue sur l’expression usuelle « calendes grecques ».
a « dépends ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
