25 avril 1853

« 25 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 421-422], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1719, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, avec vent et marée, bonjour avec amour et admiration, bonjour, aux quatre points cardinaux et dans une trombe de baisers, bonjour.

J’espère que tu auras passé une meilleure nuit que moi. Il suffit pour cela que tu n’aies pas la tempête carabinée de cette nuit et que tu n’aies pas eu comme moi la peur des voleurs. Grâce à cette héroïque préoccupation, j’ai très peu et très mal dormi, ce qui me rend ce matin toute blaireuse et fort mal en point. Aussi je crois que je ne tourmenterai pas beaucoup pour me faire sortir tantôt, quel quea soit d’ailleurs l’état du ciel. Jusqu’à présent je préfère rester au coin de mon feu. Pauvre feu, j’espérais pouvoir m’en passer et t’économiser une nouvelle dépense de charbon mais je vois que cela m’est tout à fait impossible, grâce à la mignonne température de cette île fortunée. Décidément, les climats tempérés ne valent pas mieux que la politique modérée. C’est une manière de n’avoir jamais chaud et de grelotterb toujours qui peut convenir à des tempéraments réactionnaires et pourvusc de gilets de laine, mais qui répugne à de vrais citoyens et citoyennesd libres et sans quibus1 comme nous le sommes. Telle est mon opinion.

Juliette


Notes

1 Quibus : Argent, fortune (étymologiquement, « de quoi »).

Notes manuscriptologiques

a « quelque ».

b « greloter ».

c « pourvu ».

d « citoiens et citoiennes ».


« 25 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 423-424], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1719, page consultée le 01 mai 2026.

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J’allais te griffouiller mes tendres inepties quotidiennes quand tu es arrivé, mon cher petit homme, malheureusement tu es reparti trop tôt pour m’autoriser à remettre ma restitus à demain, ce que je n’aurais pas mieux demandéa de faire, car entre le plaisir d’élucubrer et celui de te baiser en chair et en os, mon cœur n’hésite pas à préférer ce dernier, telle est ma faiblesse. Aussi, mon cher petit Toto, je vois avec tristesse que vous êtes reparti chez vous car il n’est pas probable qu’une fois pris par la photographie1, vous songiez à revenir auprès de moi de longtemps. Je le sais, et je n’en suis pas plus fière ni plus heureuse pour cela. Si j’osais même, je profiterais de l’occasion pour être très humiliée et très malheureuse et pour avoir l’estomac dans les genoux ou les genoux dans l’estomac. Si je ne le fais pas, c’est par égard pour vous et pour ne pas vous BOURRER de remords. Mais dans le fond de mon âme je sais à quoi m’en tenir et je me livre sans pitié aux regrets les plus tendres et les plus tristes comme j’en ai le droit.

Juliette


Notes

1  Séance de l’atelier photographique de Jersey.

Notes manuscriptologiques

a « demander ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.