« 27 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 431-432], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1850, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 27 avril 1853, mercredi après-midi, 1 h.
Je t’avais déjà donné mon âme en me réveillant, mon cher adoré, mais je ne me suis pas pressée de te donner de mon gribouillis dans la triste situation d’esprit et de corps où je me trouvais ce matin. C’est ce qui t’explique le retard dans lequel je me trouve. Maintenant je vais mieux et j’en profite tout de suite pour élucubrer quelques bonnes tendresses à ton intention. Mais à dire vrai, je préfèrerais accumuler restitus sur restitus et être avec toi sur quelques petits chemins bien dadouillets où on enfonce jusqu’à la cheville. Tela est mon goût. Goût dépravé, j’en conviens, mais qui fait mon bonheur. Ah ! Voici le général Meszarosb qui passe avec un chapeau bolivar astiqué, luisant comme une giberne de houzard1 ou un gibus de jeune premier. Il paraît que sesc cinq livres sterlings sont comme les cinq sous du juif errant et qu’il n’en voit jamais la fin à en juger par sa tenue de Magyard bourgeois. C’est grand dommage que je ne trouve pas un Cotonna, voire mieux une cotonnade de cette qualité. Avec quel plaisir je m’en servirais pour les usages les plus variés et les besoins les plus pressants de la vie. Malheureusement, je ne trouve que le fond de ma bourse à sec et je reste à l’avenant. Triste, triste, triste.
Juliette
1 Variante de « hussard ».
a « Telle ».
b « Metzaros ».
c « ces ».
d « Maggiar ».
« 27 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 429-430], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1850, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 27 avril 1853, mercredi après-midi, 1 h. ½
Je vous gribouille tout d’une haleine, mon cher petit homme, dans l’espoir que vous viendrez de bonne heure et que vous me ferez prendre un petit bain de lézard avant ce soir. Espérance chimérique trop probablement, mais qu’il m’est doux d’avoir. L’affreuse réalité se montrera toujours assez tôt. Dans ce moment-ci, je respire avec délice le parfum de votre petite branche d’héliotrope qui embaume toute la chambre. Il me semble que ton âme doit exhalera cette odeur-là. Je m’en assurerai dès que tu viendras. En attendant, je baise ta ravissante petite fleur, et je lui parle comme à une personne tant elle me paraît vivante et animée par l’amour. Vous voyez bien que je dis des bêtises, mais c’est votre faute aussi ; pourquoi [est-]ce que vous me laissez toute seule en tête à tête avec des choses qui sentent bon comme vous et qui vous ressemblent. Tant pire, taisez-vous et laissez-moi divaguer à mon aise puisque vous n’êtes pas là. C’est bien le moins que je sois stupide à mon aise puisque je ne puis pas être heureuse sans vous.
Juliette
a « exaler »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
