« 18 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 393-394], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1209, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 18 avril 1853, lundi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon tout bien aimé, bonjour pour toute la journée et bonheur pour toujours. Je ne t’ai pas fait promettre en te quittant hier au soir de venir ce matin, mais j’espère que malgré cet oubli tu profiteras d’un moment pour venir me donner un tout petit baiser d’attente jusqu’au tantôt. Du reste, mon cher petit homme, cela vous fera du bien et vous donnera de l’appétit de faire ce petit trajet de chez vous chez moi et réciproquement. À propos d’appétit, qu’est devenu ce pauvre Ponto et son dîner ? Le crime qu’il a commis était hideux, j’en conviens et digne d’un réactionnaire, mais est-ce une raison pour le faire crever de faim, ô législateur ? J’espère que vous vous serez CANINISÉ à l’endroit de ce profond scélérat et que vous lui aurez donné quelques bons os à ronger. Cela serait d’autant plus généreux que vous méditez un affreux guet-apensa sur la personne de ce pauvre toutou en le transportant hors de sa patrie, ni plus ni moins qu’un farouche démagogue. J’espère que tous les bons cœurs qui vous entourent auront intercédé pour ce noir criminel et que vous vous serez laissé attendrir. Quant à moi qui CONNAIS VOTRE SENSIBILITÉ à l’endroit des poulettes, je ne me permettrai de les étrangler que dans les coins les plus obscurs, et avec des bons ALIBIS par-devers moi ; je profite de la leçon Ponto pour moi-même.
Juju
a « guet-à-pens ».
« 18 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 395-396], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1209, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 18 avril 1853, lundi après-midi, 1 h. ½
Il faut avouer que je suis bien bonnasse de vous avoir laissé emporter vos deux Rembrandt. Une autre foisa je ne serai pas si bête, je vous en préviens et je ferai main basse sur tout. En attendant ces deux ravissants bonshommes m’ont passé devant le nez. Comme c’est agréable ! Taisez-vous ! Taisez-vous ! Taisez-vous ! Voici le citoyen Mézaise et son compatriote le Caennais qui passent. Ils vont chez vous très probablement, ce qui vous empêchera de venir de bonne heure. Cette pensée n’est pas faite pour me consoler de ma bêtise de ce matin, aussi je bisque depuis la plante des pieds jusqu’à la racine des cheveux. Taisez-vous ! Taisez-vous ! Taisez-vous ! Cependant, je ne veux pas que tu me croies oublieuse de mon bonheur d’hier ni ingrate envers le tout petit de ce matin, mon cher amour adoré, bien loin de là, je désire que tu saches que pas une des minutes que tu me donnes n’est perdue pour mon cœur et que j’en garde pieusement le doux souvenir dans mon âme. Seulement je suis insatiable de toi, autant et plus que les anges le sont de Dieu, eux qui le voient de toute éternité sans se lasser jamais. Voilà pourquoi, mon Victor adoré, je suis toujours inquiète des moments que tu peux me donner et que je te les demandeb avec tant et de si vives insistances. C’est parce que je n’ai de joie que dans ton sourire, de bonheur que dans tes baisers, de vie que dans ton souffle.
a « autrefois ».
b « demandes ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
