19 avril 1853

« 19 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 397-398], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1277, page consultée le 06 mai 2026.

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Je suis au plus des trois-quarts folle du mal de tête, mon pauvre adoré, aussi j’avais attendu jusqu’à présent pour t’écrire dans l’espoir que cela se passerait. Mais plus j’attends et plus mon mal redouble et je ne sais plus quand il s’arrêtera. De ton côté, mon pauvre adoré, tiens, te voilà. Quel bonheur !

6 h. ½

Je reprends piteusement la suite de mon gribouillis, mon doux bien-aimé, avec le regret de ne t’avoir pas assez vu, quoique tu aies fait tout ton possible pour me donner le plus de temps possible, la circonstance étant donnée. Il me paraît difficile que tu puissesa revenir d’ici à ce que toute cette lugubre cérémonie1 soit achevée. Je le prévois et mon mal de tête en augmente encore si c’est possible. J’aurais peut-être besoin d’être saignée ou purgée, car il n’est pas ordinaire de souffrir aussi longtemps et avec cette violence du mal de tête. Du reste, je me porte bien. Quant à l’eau sédative, elle ne m’a pas réussi, la première fois que j’en ai usé et presque toutes les personnes que je connais qui en ont fait usage y ont renoncé en désespoir de cause. Voilà, mon cher petit homme, une bien sotte lettre et que je mets tout entière sur le compte de ma migraine qui n’est peut-être pas la seule coupable et je me hâte de te baiser entre deux stupidités.

Juliette


Notes

1 Obsèques du proscrit Jean Bousquet, sur la tombe duquel Hugo prononce un discours (Actes et Paroles, 2).

Notes manuscriptologiques

a « puisse ».


« 19 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 399-400], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1277, page consultée le 06 mai 2026.

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Je suis bien attrapéeb de ne pas copier votre discours1, mon petit homme, car il me faudra attendre la gazette jersiaise avant d’y goûter, ce qui est bien triste. Je ne sais pas pourquoi vous n’avez pas pris vos mesures mieux que cela, car j’aurais pu copier au fur et à mesure que vous écriviez au lieu de faire votre étui à plaques2. Décidément, rien ne me réussit aujourd’hui si ce n’est la migraine qui continue ses progrès avec un nouvel enthousiasme. Pour peu que cela continue je pousserai des hurlements de douleurs. Tiens, tout bien considéré, tu as bien fait de me planter là car je ne suis bonne à rien, qu’à t’aimer, ce que je fais très bien sans toi. Si tu me trouves crevéec demain, tu sauras que mon dernier soupir a été pour toi et mon dernier mot : je t’adore. Maintenant, je vais aller me coucher sans dîner mais auparavant je veux te dire un petit bonsoir bien doux et bien tendre et je te bénis à travers tous mes maux. Si tu peux venir demain matin, tu me guériras et tu me rendras bien heureuse. Si tu ne le peux pas, je saurai que ce n’est pas de ta faute et je ne t’en aimerai pas moins. D’ici-là, je t’adore de toutes mes forces.

Juliette


Notes

1 Discours prononcé par Victor Hugo sur la tombe de Jean Bousquet (Actes et Paroles, 2)

2 Étui à plaques : document remis au journal avant impression de l’article.

Notes manuscriptologiques

a « mars ».

b « attrappée ».

c « crever ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.