« 17 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373 f. 389-390], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1133, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 17 avril 1853, dimanche matin, 7 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, dormez et aimez-moi en rêve jusqu’à ce que vous m’aimiez en réalité. Vous voyez, mon cher amour, que les restitus se suivent et ne se ressemblent pas quant à l’exactitude, car en voici une un peu bien matinale et que je vous dédie au soleil levant. Cher adoré, j’ai le cœur plein de toi, j’ai les yeux pleinsa de ton image, la pensée pleine de ton souvenir et les lèvres débordantes de baisers que je répands sur tes chers petits portraits1, en attendant que je puisse t’en saturer depuis la tête jusqu’aux pieds. À quelle heure es-tu rentré ? Qu’est devenu ton cidre2 ? Et de quelle façon s’en est tiré Ponto ? Tu me diras tout cela ce matin, car j’espère bien te voir ce matin. D’ici-là je ferai bien des fois le trajet de Marine Terrace ici et de chez moi à Marine Terrace tant mon impatience devance le moment où tu peux venir. Et cependant, mon bien-aimé, je veux que tu dormes le plus tard possible et même que tu ne rêves pas de moi, si cela doit troubler ton sommeil. Enfin je veux que tu te portes bien, que tu sois heureux même sans moi. De quoi me plaindrai-je d’ailleurs puisque je t’adore ?
Juliette
1 Les photographies de l’exil.
2 Réunions entre proscrits où l’on buvait du cidre.
a « plein ».
« 17 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 391-392], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1133, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 17 avril 1853, dimanche matin, 10 h. ½
Je t’attends, mon cher petit bien-aimé, mais c’est sans tristesse sinon sans impatience car il me semble impossible que tu ne viennes pas ce matin, à moins de graves incidents que je ne prévois pas et que mon cœur ne pressent pas. Aussi, je t’attends avec toute confiance et toute joie déployées d’avance. Je voudrais, mon Victor adoré, t’éblouir de mon bonheur et t’inspirer l’envie de le prolonger et de le renouvelera plus souvent. Tu ne sais pas, tu ne peux pas savoir à quel point tu es toute ma joie et tout mon bonheur. Si jamais mon âme devient visible pour la tienne tu sauras qu’elle n’est faite que de ton amour. Jusque-là, mon doux adoré, je ne peux que te faire entrevoir à travers l’épaisseur opaque de ma pensée le reflet du rayon qui m’embrase le cœur. C’est bête comme tout ce que je te dis là1, mais je t’aime trop pour pouvoir diriger ma plume et discipliner mes phrases. Je t’ai déjà dit que l’amour me montait à la tête et faisait trébucher mes idées à travers les mots. Ce n’est pas de ma faute si vous m’ENIVREZ comme du bon vin. Taisez-vous et venez, ne fût-ceb que pour m’empêcher de vous aimer de travers et de dire des bêtises.
Juliette
1 Citation de Ruy Blas (acte IV, scène 3), Don César au laquais.
a « renouveller ».
b « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
