1 mai 1853

« 1 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 1-2], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon amour, bonjour, mon doux galant, je plante mon cœur à votre porte en guise de bouquet de mai. Souriez-lui au passage et respirez-le car mon âme s’est faite parfum pour se cacher dedans. Bonjour. J’envie le cordon bleu Téléki de vous donner à manger ce matin. S’il ne faut que cela pour vous attirer et vous retenir, je m’inoculerai Carême et Brillat-Savarin et je me luculliserai1 pour vous plaire. Mais, hélas, je crains qu’à quelque sauce que je me mette vous ne me goûtiez pas beaucoup, ce qui m’arrête dans mes tentatives d’embauchage et de débauchage en cédant ce monopole à regret à la jeune et savoureuse Télékette2. C’est très vertueux de ma part mais je ne m’en fais pas d’obligation. En attendant, j’espère que vous n’aurez pas à cœur de me laisser à jeun de bonheur ce matin et que vous viendrez avant votre bâfreriea PHOTOGRAPHIQUE. Il est nécessaire d’ailleurs que je m’entende avec vous sur le moyen de vous retrouver car j’ai promis à Suzanne de la faire sortir de midi à 3 h., si cela ne te contrarie et ne te gêne pas.

Juliette


Notes

1 Néologisme à partir de Lucullus, général romain et homme d’État, célèbre par le faste de son train de vie et de sa table.

2 Surnom donné à Juliette à Mme Téléki, qu’elle n’aime guère.

Notes manuscriptologiques

a « baffrerie ».


« 1 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 3-4], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Bon appétit, Toto, je vous porte ce toast d’intention et je vous prie d’y répondre de même si vous n’êtes pas trop occupé de votre pâtisserie d’ours et trop préoccupéa des beaux yeux de la cuisinière amphitrionne. Pendant que vous festoyez, je croque le marmot1 en attendant l’heure de vous revoir. C’est assez CHESSE même pour une femme qui en a l’habitude. Cependant, je ne me plains pas, mon pauvre adoré, car je suis contente de te savoir distrait et heureux et puis j’ai eu ma part d’un autre plus succulent gâteau et qui suffit à mon bonheur dans ce moment-ci. C’est ton beau, ton admirable, ton adorable portrait d’hier. Il me semble comme toi que Charles ne pourra pas se surpasser2, car il a atteintb dans ce dernier portrait la limite extrême du beau, du grand, du vrai, du puissant et de l’idéal. Telle est mon impression. Aussi, mon petit Toto, je ne t’envie pas la victuaille d’aujourd’hui, mais je te désire ardemment pour revoir l’original de mon cher petit portrait que j’adore.

Juliette


Notes

1 Patienter en se morfondant.

2 Dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’atelier photographique de Jersey », Charles Hugo a réalisé un certain nombre de portraits de son père.

Notes manuscriptologiques

a « préocupé ».

b « ateint ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.