« 3 mars 1871 » [source : BnF, Mss, NAF 16392, f. 15], transcr. Jean-Christophe Héricher, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e71, page consultée le 01 mai 2026.
Bordeaux, 3 mars [18]71, vendredi matin, 7 h.
C’est un bonjour à pas de loup que je t’envoie, mon cher bien-aimé, pour ne pas te réveiller, si comme je l’espère tu dors encore. J’ai été bien heureuse pour toi hier de ta réconciliation avec ton fils et j’ai été bien touchée de sa bonté pour moi. Il est impossible de reconnaître un tort avec plus de bonne grâce qu’il ne l’a fait hier, en me tendant la main et en m’embrassant, au nom de sa noble et admirable mère, dont le souvenir m’est à jamais vénérable et sacré. J’espère que cette tendre cordialité entre lui et moi ne sera plus jamais troublée. Mais pour cela je crois qu’il est indispensable qu’il n’y ait aucun rapport entre ses domestiques et les nôtres. L’essai que nous avons fait depuis près d’un an prouve qu’il n’y a aucune compatibilité entre les vices des servantes de ton fils et les défauts des nôtres ; et le dernier trait d’improbité commis hier par la nourrice rend tout rapprochement impossible même au nom du service collectif et fusionné, vu tout simplement la vie côte-à-côte. Et à ce sujet, il faut que je te dise que je pressens dès aujourd’hui quelque chose de très désagréable pour moi, si, comme je le crains, Mme Charles1 compte sur Suzanne pour faire le dîner chez elle, et auquel ton fils Charles m’a fait l’honneur de m’inviter hier soir, après que tu as été parti. Il paraît qu’il a invité M. Lavertujon et peut-être d’autres encore. Je serais désolée qu’on eût compté sur Suzanne et sur Mariette pour faire le service, car je crois que, malgré tout que le respect et la reconnaissance qu’elle nous doivent, elles ne s’y prêteront pas. Ce conflit prêt à recommencer entre ces quatre femmes m’a empêchée de dormir toute la nuit et j’en suis presque malade ce matin, ce qui ne m’empêche pas de t’adorer.
1 Alice Hugo, femme de Charles Hugo.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo perd son fils Charles et la famille se réfugie en Belgique puis au Luxembourg pendant et après la Commune.
- 8 févrierHugo est élu député.
- 14 février-17 marsIls habitent Bordeaux, où Hugo siège à l’Assemblée Nationale. Hugo loge au 37 rue de la Course.
- 8 marsHugo démissionne après l’invalidation de l’élection de Garibaldi.
- 13 marsMort de Charles Hugo à Bordeaux, d’une apoplexie.
- 18 marsEnterrement de Charles Hugo au Père-Lachaise. Début de la Commune de Paris.
- 21 mars-1er juinÀ Bruxelles, séjour qui se termine par l’expulsion, après l’agression à coup de pierres du domicile de Hugo place des barricades, consécutive à son article, paru le 27 mai dans L’Indépendance belge, où il offrait l’hospitalité aux proscrits de la Commune.
- 1er juin-23 septembreSéjour au Luxembourg.
- 9 octobreHugo emménage 66 rue La Rochefoucauld et Juliette 55 rue Pigalle.
