18 décembre 1866

« 18 décembre 1866 » [source : BnF, Mss, NAF 16387, f. 234], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e636, page consultée le 01 mai 2026.

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Pendant que tu travailles déjà peut-être avant d’être levé, moi je ronronne dans mon lit paresseusement sous prétexte de restitus. Mais la question, that is the question, est de savoir si tu as mieux dormi que moi qui n’ai presque pas dormi, tout au plus deux ou trois heures dans toute la nuit. J’espère que ton écho vaut mieux que le mien et qu’il suffira de reste à me payer mon insomnie. D’ailleurs je ne souffre pas, je n’ai donc pas le droit de me plaindre. Et puis je ne vois que des visages rayonnants autour de moi, depuis celui du soleil qui rougeoie à l’horizon jusqu’à celui de Suzanne qui poudroie sur son fourneau1. Tous et toutes ont leur saison pour cela, y compris le gros citoyen Kesler et la petite Mairet2 en extase devant la pensée d’un toquet3 neuf donné par Monsieur Victor Hiougo4. Quant à Suzanne, elle profite de son cadeau antique et solennel pour se faire la Sapho de la reconnaissance avec délirea. Moi je pince dans le vide l’espérance d’une bonne petite lettre que mon âme impatiente dévore d’avance. Je compte depuis le commencement du mois les jours, les heures, les minutes, les secondes qui me séparent encore de ce bienheureux moment où je la baiserai, où je la lirai, où je la relirai et la rebaiserai de tout mon cœur, cette chère petite lettre adorée5.


Notes

1 Juliette détourne les paroles de sœur Anne dans La Barbe-Bleue (1697), conte de Charles Perrault : « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. ». Le conte a également été monté en opéra-bouffe en trois actes, texte d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Jacques Offenbach pour la première fois le 5 février 1866 au Théâtre des Variétés à Paris.

2 Juliette évoque-t-elle Mary en reproduisant l’accent guernesiais ?

3 « Sorte de coiffure, de bonnet en usage dans certains pays pour les femmes et les enfants » (Larousse).

4 Juliette reproduit l’accent anglais.

5 Victor Hugo écrit à Juliette Drouet tous les ans, le 1er janvier, pour célébrer la nouvelle année.

Notes manuscriptologiques

a « délyre ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils passent de longues vacances en Belgique.

  • 12 marsLes Travailleurs de la mer.
  • 15 juinHugo fait déposer chez elle une malle contenant des manuscrits et des inédits.
  • 20 juin-10 octobreVacances en Belgique.
  • 17 aoûtNaissance de sa petite-nièce Marguerite, fille de son neveu Louis Koch.