« 1 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 238-239], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e25, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 1er août 1853, lundi matin, 6 h. ¾
Bonjour, mon cher petit bien-aimé d’autrefois, bonjour, mon grand adoré d’aujourd’hui, bonjour, mon sublime Victor de toujours, bonjour dans tout le tendre développement de cette tirade rétrospective, présente et à venira, dans tous les siècles des siècles. Notre petite promenade d’hier m’a fait du bien au corps et à l’âme, car l’un et l’autre avaient besoin, chacun en particulier, d’un peu de soleil et d’un peu de bonheur. Merci au bon Dieu de son petit rayon réchauffant, merci à toi, mon trop bien-aimé, de ton petit rayon d’amour.
Je suis rentrée chez moi un peu fatiguée mais heureuse. Je crois que j’aurais besoin de marcher tous les jours, à en juger par l’effet que m’a fait cette promenade d’hier, après 10 jours d’une claustration forcée. Tout mon corps et surtout mes pieds me démangeaient et me brûlaient comme si on m’avait fouettée avec des orties, ce qui prouve à quel point la circulation du sang a besoin d’exercice pour se faire en moi. Mais surtout, bien par-dessus tout, ce qui m’est bien plus hygiénique que tout cela, ce qui me donne la santé et la vie, ce sont les douces et tendres paroles qui sortent de ta bouche chemin faisant et que mon cœur recueille avec tant d’avidité. Sans t’en rendre compte, mon cher petit bien-aimé, tu as tellement pris l’habitude de travailler chez moi, que même lorsque le travail ne te préoccupeb pas, tu restesc silencieux et tu t’absorbes dans la lecture sans songer qu’il y a vingt-quatre heures que je ne t’ai vu, que je n’ai vu aucun être humain et que mon cœur comme ma poitrine ont besoin de se dilater dans un intense et doux épanchement. Je ne t’en fais pas un reproche, mon Victor, mais j’en souffre quelquefois malgré moi.
Juliette
a « avenir ».
b « préocupe ».
c « reste ».
« 1 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 240-241], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e25, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 1er août 1853, lundi matin, 11 h. ½
Vous voyez que je m’y prends d’avance pour mes restitus, mon cher petit homme, c’est ainsi qu’il faudra que je fasse tous les jours pour éviter les lacunes causées par les incidents, les accidents et les embêtements domestiques. Aujourd’hui j’espère bien en finir avec le médecin. Je trouve même que nous avons trop prêté le collet aux visites de ce Diafoirus1 jersiais. Si tu m’en avais cru nous aurions économisé au moins deux des quatre pansements qu’il m’a faitsa. Enfin, c’est aujourd’hui la dernière fois, Dieu merci. J’espère qu’il ne se fera pas attendre toute la journée et que je pourrai profiter de la belle journée si par hasard tu pouvais être libre tantôt. En attendant tu peux venir manger toutes les cerises, telle est ma générosité aujourd’hui. C’est bien le moins que j’aie gardé quelques noyaux pour vous attirer dans ma pauvre souricière dont vous paraissez si peu vous soucier maintenant. Et puis, je vous ferai remarquer que c’est aujourd’hui lundi et que ce sera demain mardi, jour de poste[souligné deux fois.], c’est-à-dire jour de prison et de cellule pour moi. Et puis si votre cœur ne vous dit rien en ma faveur après cela, je n’ai qu’à me résigner et à me taire, sans murmurer, bis. Ceci dit, écrit et stéréotypé à des millions d’exemplaires, je n’ai plus qu’à vous baiser in naturalibus dès que je le pourrai.
Juliette
1 « Le Malade imaginaire, dernière pièce dans laquelle [Juliette] ait joué, fin novembre 1833, lui inspire les néologismes « purgonnades », « purgonneries », « diafoiriques », … pour stigmatiser le charlatanisme médical. », Florence Naugrette, Le Théâtre dans les lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo, intervention au Groupe Hugo, séance du 24 janvier 2015.
a « fait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
