« 30 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 234-235], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e1231, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 30 juillet 1853, samedi matin, 9 h.
Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour mon pauvre attrapéa, bonjour. Une autre fois, mon cher petit homme, tu feras très bien de passer par-dessus tes scrupules de délicatesse envers moi, en profitant des triques qu’Asplet, qui est décidément plus amusant que le carabinier de Charles, fait pleuvoir sur ta bosse. À tout prendre, j’aime mieux que tu t’amuses loin de moi, que de t’embêter près de moi. Ceci dit, comment allez-vous ce matin ? Avez-vous entendu l’ouragan de cette nuit ? Quant à moi, je n’en ai pasb perdu une goutte. C’est peut-être une raison pour qu’il fasse beau aujourd’hui. Mais je n’oublie pas que je suis au bloc jusqu’à lundi et que je n’ai aucun droit aux rayons du soleil, ni au parfum des fleurs d’ici là. Je sais trop le respect que je dois à vos prescriptions scientifiques et médicalesc pour essayer de m’y soustraire. C’est bien le moins que ma patte cassée profite à quelqu’un, autant vous qu’un AUTE. Pendant ce temps-là, j’essaye de ployer mon pouce qui s’y refuse absolument. Je crois que ce sera tout l’avantage que je retirerai de ma promesse, un pouce de bois. Il n’y a pas de quoi se plaindre. Il y en a bien à ma place qui n’en auraitd pas tant. En attendant, je vous aime au grand complet et comme une personne naturelle, ce qui est encore assez crâne pour une pauvre Juju comme moi.
a « attrappé ».
b « n’en n’ai pas ».
c « et médicales » est ajouté à l’interligne supérieur.
d « n’en n’aurait ».
« 30 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 236-237], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e1231, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 30 juillet 1853, samedi après-midi, 1 h.
Vraiment, vous me troublez tellement l’esprit que je ne sais plus ce que je fais. Encore un accident. Pour peu que cela continue, il faudra me mettre la camisole de force et m’attacher les deux pieds pour m’empêcher de faire des bêtises. Aujourd’hui c’est votre bouteille à l’encre que j’ai renversée en la transportant de ma chambre dans le salon, en m’inondant des pieds à la tête de son contenu. HEUREUSEMENT j’avais une bouteille de vinaigre qui y a presque toute passé à laver mon peignoir. Vous voyez que c’est tout profit. Cependant j’avoue que je ne serais pas fâchée de changer de genre d’abrutissement. Il faudra que je cherche dans le répertoire Jocrisse1 quelque chose de plus drôle et d’une mise en scène plus économique. En attendant, je vis seule comme un loup. C’est à peine si, bout à bout, vous m’aurez donné deux heures en huit jours. C’est encore trop pour vous, je le sens, mais j’ose dire que ce n’est pas assez pour moi. Après cela, JE NE SUIS JAMAIS CONTENTE et cela vous dispense du RESTE. L’équilibre est donc parfaitement établi entre vos plaisirs et mes ennuis. Que faut-il de plus ? Rien. Rien. Rien. Je l’AURAI.
Juliette
1 Jocrisse : personnage de comédie incarnant un valet bouffon maladroit et assez niais.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
