28 août 1853

« 28 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 314-315], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1437, page consultée le 01 mai 2026.

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Je suis encore ici, mon cher bien-aimé, et j’y resterai dans l’espoir de t’y voir bientôt. Depuis ce matin, je CORMODE mes zardes, et, de fil en aiguille, je suis arrivée jusqu’à cette heure-ci sans avoir eu le temps de respirer. Maintenant, puisque j’ai tant fait, je ne sortirai pas si ce n’est avec toi. Demain, il sera toujours temps d’aller chez le citoyen Guay. Pour aujourd’hui, j’aime mieux t’attendre, cela m’est plus doux.

Il y a une heure que le pochard Messervy1 et quelques proscrits français étaient arrêtés devant mes planches et je les entendaisa qui se communiquaient de prétendues nouvelles arrivées tantôt qui annonçaient un grand mécontentement dans l’armée, surtout parmi les sous-officiers, qui avaient compté sur la guerre pour gagner de l’avancement plus vite. Si cela est, tu dois en savoir quelque chose. Mais dans tous les cas ce n’est pas ces déceptions de petites ambitions qui peuvent amener un mouvement, un général et unanime. Il n’y a que le peuple proprement dit qui puisse faire une révolution radicale. Du moins, cela me paraît devoir être ainsi dans ma petite jugeoteb de Juju. Du reste, mes vues politiques ne s’étendent pas plus loin que le bout de mon nez, ce qui est assez pour ma consommation particulière. D’ailleurs, j’ai assez à faire de vous aimer.

Juliette


Notes

1 Plusieurs familles jersiaises portent ce nom à Jersey.

Notes manuscriptologiques

a « entendaient ».

b « jugeotte ».


« 28 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 316-317], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1437, page consultée le 01 mai 2026.

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Dites donc vous, je vous remercie de m’ingérer la curiosité de voir la comète, comme si je n’étais déjà pas assez mystifiée comme cela, rien que par votre seul fait. Je me suis relevée hier à 10 h. ¼ pour voir cette fameuse comète qu’on disait visible, et je dois avouer, la main sur mon nez, que je n’ai rien vu que mon rhume de cerveau qui prenait des proportions fabuleuses. Quant à la comète, c'est-à-dire la queue, NIX1, RIEN, RIEN, RIEN, absolument comme la VÔTRE. Je me suis recouchée avec un pied de rhume de plus et une illusion de moins, comme cela arrive toujours. Maintenant, il ne manque plus que votre absence prolongée pour achever de me mettre en gaîté. Voime, voime, tâchez de ne pas vous dépêchez d’arriver et vous verreza comment je vous recevrai un peu plus tard. En attendant la Suzarde s’est déjà informée si tu avais écrit à Mr de [illis.]. Tu vois que lorsqu’il s’agit de son propre quibus2 elle ne s’endort pas sur le rôti. Quant à moi qui suis tout à fait désintéressée dans ces questions je m’en fiiiiiiche ; mais ce dont je ne me fiche pas, c’est de vous voir. J’avoue que ceci me tient au cœur plus que de raison et que je suis une bien grande bête de vous aimer tant que ça.

Juliette


Notes

1 Déformation de « Nichts », rien en allemand.

2 Quibus (fam.) : argent (étymologiquement, « de quoi »).

Notes manuscriptologiques

a « verrai ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.