9 juin 1853

« 9 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 116-117 (recto uniquement)], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e462, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, avec toute confiance et toute sécurité, bonjour. Je t’aime. Je viens de laver ta carapace à l’eau bouillante et au vinaigre avec une brosse et tout cela n’empêche pas qu’elle ne conserve son odeur SUI GENERIS. A cela près, cela fait une petite capsule assez originale et qui ira très bien avec ton encrier galet ; il serait dommage de les séparer l’un de l’autre, puisque à eux deux ils feront une garniture de bureau complète. Quant à moi, ma soucoupe en terre de pipe est assez bonne pour mon encrier bouteille. Aussi je te laisse ta coquille, telle est ma générosité. En attendant, vous seriez bien aimable de me faire profiter de vos leversa matineux, matinaux et matinales. Il me semble que pour un homme qui est sur pied à cinq heures du matin, il vous serait facile de venir me voir quelquefoisb de bonne heure1 ?


Notes

1 La lettre se termine ainsi, sans signature.

Notes manuscriptologiques

a « levés ».

b « quelques fois ».


« 9 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 118-119], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e462, page consultée le 01 mai 2026.

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La même idée fixe, le même amour, la même existence ramènenta toujours la même rengaine, les mêmes tendresses et les mêmes ennuis. Aussi, mon cher petit Toto, il m’est bien difficile de varier mes restitus. Il n’y a que le génie et le bon Dieu qui sachentb être nouveaux et neufs avec les choses éternelles de ce monde. Quant à moi, je t’aime sans changer d’attitude depuis le premier moment où je t’ai donné mon cœur et mon âme à deux genoux. Les chagrins, les événements, les coups d’État, les tremblements de terre ne peuvent influer en rien sur cette adoration intérieure qui est la vie de ma vie. Mais cet amour, qui remplirait le ciel et la terre, ne sait comment couvrir ce petit carré de papier et tremble de sec noyer dans la bouteille à l’encre. Cela tient à ce qu’il est beaucoup plus facile d’aimer avec tout son cœur que de le dire sans le moindre esprit. Voilà pourquoi, mon tant aimé, j’éprouve une sorte d’embarras à te gribouiller si mal ce que je sens si bien. Quelle qued soit ton indulgence, il est impossible que tu ne sois pas souvent honteux de la disproportion de mon esprit à mon cœur et que tu n’en sois pas intérieurement humilié. Je le sens, mon Victor, ne me dis pas non car je ne te croirais pas. Tu insistes par une ineffable bonté sur cette habitude qui était une des grandes joies de ma vie AUTREFOIS, et qui le serait encore si je n’avais pas goûté au fruit amer de la désillusion. Mon Victor, mon Victor, mon Victor adoré, laisse-moi t’aimer comme les saintes aimente Dieu, sans esprit, mais avec toute mon âme.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « ramène ».

b « sache ».

c « ce ».

d « quelque ».

e « aime ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.