30 juin 1853

« 30 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 187], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e2079, page consultée le 01 mai 2026.

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Tu vois, mon cher petit bien-aimé, que nous avons bien fait de profiter des quelques minutes de beau temps d’hier car elles deviennent de plus en plus rares. Aussi, je te remercie, mon cher petit Toto, de m’avoir traînée zavec toi. Je t’en remercie d’autant plus qu’il m’est arrivé un gros accident que je ne peux expliquer que par un sommeil agité. Voilà : j’ai trouvé le verre de ma montre briséa et les aiguilles arrêtées sur 4 h. Oh ! bonheur, je crois que te voici ! Justement !

2 h. ½

J’en étais là de ma complainte, mon cher petit homme, lorsque vous êtes venu patauger à travers mes toiles d’araignées épistolaires, ce dont je ne me plains pas. Depuis vous, j’ai eu la visite du Français1 et de son petit garçon. Il venait m’apporter son adresse. Il demeure à St-Aubin2 près du bureau des omnibus. Il m’a fort pressée d’aller voir sa femme et d’accepter leur hospitalité pour le reste de la journée. J’ai promis d’aller les voir, ce que je ferai un jour que tu seras absent. Quant au dîner, j’attendrai que la connaissance soit établie sur des bases moins provisoires pour accepter. Les petits portraits à porter suffiront pour cette première visite. Baisez-moi, vous, et portez-moi à votre tour si vous en avez le courage.

Juliette


Notes

1 À élucider.

2 Saint-Aubin : petit port de pêche situé dans la paroisse de Saint-Brelade.

Notes manuscriptologiques

a « brisée ».


« 30 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 188], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e2079, page consultée le 01 mai 2026.

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J’éprouve une espèce de soulagement physiquea et moral, mon pauvre bien-aimé, en pensant que je n’ai plus que quelques heures à passer pour être hors de cet affreux mois de juin si plein de deuil et de larmes1. Si je pouvais supprimer ce mois et tous les souvenirs douloureux qui s’y rattachent, je le ferais sans hésiter quand je devrais abréger d’autant les quelques années qui me restent à vivre. Enfin, grâce à Dieu, le voilà passé bientôt. Mon Victor adoré, mon ineffable bien-aimé, je te retrouve dans mon cœur comme le premier jour où tu y es rentré, beau, bon, noble, sublime, m’aimant et fidèle. Aussi je ne souffre plus. Je n’ai plus d’oppression, et la vibration intérieure qui faisait trembler mon âme depuis un mois s’éteint peu à peu. Bientôt ma sécurité se lèvera radieuse comme le soleil sur ma vie. Je n’aurai plus peur de rien et je ne me souviendrai plus que de mon amour. Mon Victor adoré, mon cher petit homme, je pleure en t’écrivant cela, mais c’est de joie et de bonheur, de tendresse et de reconnaissance envers le bon Dieu qui t’a fait ce que tu es pour moi. Je te dis mal ce que je sens si bien, mais ton cœur retrouvera le vrai sens de ce que lui dit le mien. C’est à lui que je m’adresse. Vous n’avez rien à y voir, MONSIEUR. Je t’adore, mon Toto.

Juliette


Notes

1 C’est le mois anniversaire de la mort de sa fille Claire Pradier, le 21 juin 1846.

Notes manuscriptologiques

a « phisique ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.