1 juillet 1853

« 1 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 189], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour, mon cher petit rôdeur de nuit, bonjour, je vous aime. SAVEZ-VOUS ? Je prends la liberté de vous rappeler que je vous ai fort peu vu hier et encore ce peu de temps a-t-il été employéa à gribouiller de part et d’autre, ce qui a raccourci d’autant le plaisir de vous voir. Notez que demain vous aurez le même prétexte pour ne pas me livrer votre personne davantage. Vous mériteriez que je m’en ficheasseb et que je vous supplée de plus en plus par une connaissance un peu chouette. Mais je suis trop Juju pour me tirer avec bonheur de ce croisement de bonshommesc. Aussi, je reste dans mon coin et dans ma vertu, et je vous fais acheter des maquereauxd au-dessous du cours. Telle est ma magnanimité. Pendant ce temps-là, moi je m’endette de 3 F. 16 s. sur mon mois présent sans compter d’autres déficitse plus ou moins immenses qui pendent le long de mon semestre commencé. La hideuse banqueroute montre ses cornes menaçantes1. Je vous en préviens pour que vous retiriez vos fonds à temps. Cet avertissement une fois donné, ma conscience est à l’aise. Sur ce, baisez-moi et venez me voir un peu ce matin. Je vous attends avec impétuosité et je vous adore de même.

Juliette


Notes

1  Souvenir du récit de Théramène dans Phèdre.

Notes manuscriptologiques

a « emploié ».

b Juliette a d’abord écrit « fiche », puis elle a ajouté à l’interligne supérieur « asse ».

c « bonhommes ».

d « macreaux ».

e « déficit »


« 1 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 190], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Vous voilà déjà parti, sans cœur, sans âme, sans pitié, sans entrailles, sans gésier, et vous trouvez que c’est une conduite que vos procédés envers moi. Mais, je me permets d’avoir une autre opinion et je vous qualifie comme il convient de pas grand-chose et même de rien du tout. Maintenant, allez, je ne vous retiens pas. POSEZ tant que vous voudrez1. Je ne m’y OPPOSE pas jusqu’au moment où je vous DÉPOSERAI de mon cœur comme un affreux tyran que vous êtes. Du reste, tout ceci n’est pas très drôle et je ne demande pas mieux que de varier mon ineptie si c’est possible. Cela me réchaufferait peut-être les pieds que j’ai à la glace depuis ce matin avec un petit sentiment de douleur sous la plante des pieds, symptôme assez inquiétant après l’équipée de l’année passée. Je vais demander de l’eau chaude tout à l’heure ou même descendre au jardin pour me désengourdir les jambes. Hum ! Comme cela doit vous monter l’imagination2 tous ces détails podagreux et quelle séduisante Juju je fais. Voime, voime. C’est pour cela que vous posez avec tant de persévérance et d’acharnement et vous n’avez pas trop torta.

Juliette


Notes

1  Hugo pose pour l’atelier photographique de son fils Charles et Vacquerie.

2  « Comme cela doit vous monter l’imagination » : citation de Ruy Blas que Juliette parodie ici sur le ton de l’autodérision pour qualifier son mal de pied.

Notes manuscriptologiques

a « tord ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.