« 29 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 185], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e2012, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey,29 juin 1853, mercredi midi
J’ai si peur de me mettre en train de sortir pour rien que je flâne et que je recule tant que je peux le moment de m’habiller. En toute chose rien n’est plus agaçant que l’incertitude. Si j’étais sûre de rester chez moi, j’en prendrais très courageusement mon parti et je m’arrangerais pour cela. Mais si je dois sortir, il faut que je m’attifea quelque peu. AFFREUSE ANXIÉTÉ. Pendant ce temps la Mary reçoit d’abondantes giflesb en l’honneur du voyou. Ce minet est destiné à lui faire passer de bons moments et des fichus quart d’heure. Mais il n’y a pas de plaisir sans peigne, ni de petit chat sans calottes. Tel est l’envers de la chose. Quant à moi, je paye mon tribut d’une autre manière et ce n’est pas le moins pire. Taisez-vous, vilain monstre, taisez-vous parce que je suis à bout de RHÉTORIQUE pour vous dire toute mon indignation, toutes mes tendresses, toute ma rage et toute mon adoration. Taisez-vous et venez bien vite, vous ne me trouverez pas prête, ce qui sera le comble de la bisque. Allons, je vais me dépêcher pour rattraperc le Toto perdu si cela se peutd. En attendant, je vous baise comme si j’étais la plus heureuse des Jujus.
a « attiffe ».
b « giffes ».
c « rattrapper ».
d « ce peu ».
« 29 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 186], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e2012, page consultée le 01 mai 2026.
29 juin 1853, mercredi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour, mon grand petit homme, bonjour. Eh bien ! avez-vous pris jour avec Télékia ? Est-ce pour aujourd’hui ? Il fait suffisamment beau pour se risquer. Du reste, ce n’est pas que je le désire autrement que dans l’intérêt du plaisir général de tout votre groupe et du tien en particulier, mon doux adoré. Et puisqu’il faut que cela se fasse, autant vaut que ce soit le plus tôt possible. D’ailleurs ce n’est qu’après vous que j’ai droit de remâcher vos tripsb1. Par conséquent dépêchez-vous car je me sens un furieux appétit de bonheur. En attendant je vis comme je peux sur les bribes des souvenirs heureux. Mais à force d’en extraire et d’en pressurer les joies passées, il n’en restera bientôt plus une seule goutte. Voilà où j’en suis de mon grenier d’abondance. Vous voyez, mon cher petit homme, qu’il est temps de le réapprovisionner de nouveau… Interrompue par le Toto, l’orgue de Fouyou et le fifre du voyou. Maintenant dois-je faire fond sur votre quasi promesse et m’habiller ? Qui oserait le dire par la photographie qui courtc et la nouvelle découverte du jeune Victor. J’ai grand peur de me trouver entre ce zist et ce zest le…. nez entre deux promenades ratées, comme le…. RESTE. Taisez-vous, affreux homme, car vous m’exaspérez à la fin.
Juliette
1 Excursions.
a « Téléky ».
b « trippes ».
c « coure »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
