« 18 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 148-149], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e1085, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey,18 juin 1853, samedi matin, 8 h.
Ce que j’avais prévu est arrivé, mon bon petit homme. Je ne t’ai pas revu hier au soir. Je ne t’en veux pas comme bien tu penses, mais j’ai bien besoin de te revoir. Tu ne peux pas te figurer le désœuvrement de ma vie quand les courts instants que tu as l’habitude de me donner me manquent. Pourtant j’ai fait tout ce que je pouvais pour tromper le temps ; je suis allée à la ville chez le citoyen Guay. Je me suis même promenée jusqu’à 7 h. Mais rien n’y a fait. Je suis revenue courbaturée des jambes et du cœur sans avoir eu un seul instant de distraction de ton absence. Aussi, mon Victor, je t’attends avec une impatience que tu dois comprendre, si tu m’aimes un peu. Mais je ne veux pas pourtant que ce soit aux dépensa de ton repos et de ton sommeil. Dors, mon pauvre bien aimé, sois heureux en rêve et tâche de venir dès que tu seras réveillé. D’ici là, je vais m’occuper de toi, penser à toi et t’aimer de toute mon âme.
Juliette
a « au dépend ».
« 18 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 150-151], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e1085, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey,18 juin 1853, samedi après-midi, 2 h. ½
Je t’ai vu mon bien-aimé, j’ai rempli mes yeux et mon âme de toi sans pouvoir rassasier mon amour. Aussi je t’attends sur de nouveaux frais d’impatience pour n’en pas perdre l’habitude. J’ai eu enfin la visite des époux Allaire tantôt. Ils cherchent une maison hors de ce quartier. Ils pensent en trouver du côté de St Aubin1 ou de St Sauveur2. Ils ont toujours l’air affligés de la perte de leur petit enfant et ce n’est pas le moment de les voir sous un autre jour que celui qui les rend intéressants. Ils m’ont montré un portrait au daguerréotype de leur enfant mort qui ne ressemble pas du tout à l’autre. Il est vrai qu’il a été fait dans d’autres conditions et sous un autre aspect. Cela ne les a pas empêchés de paraître en désirer d’autres épreuves de celui que Charles a fait. J’ai dit que je te ferais part de leur désir. Ils sont partis très peu de temps après les compliments de condoléances. Je crois que notre connaissance se bornera là et je n’en aia pas autrement de regret à cause du peu de limpidité de leur position. Mme Guay m’en a dit quelques mots hier qui sembleraient confirmer mes premières craintes. Mais, dans le doute, je préfère m’abstenir que de les juger mal injustement ou de me livrer imprudemment. Tu suffis à tous mes besoins physiquesb et moraux et je ne jeûne des uns ou des autres que lorsque tu me manques.
Juliette
1 Saint-Aubin : baie et paroisse au sud de l’île de Jersey.
2 Saint-Sauveur : paroisse à l’intérieur des terres, au nord-est de Saint-Hélier.
a « je n’en n’ai ».
b « phisiques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
