10 juillet 1853

« 10 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 202-203], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e574, page consultée le 04 mai 2026.

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Si j’osais, mon cher petit prometteur de luncheons et de tripsa1, je vous ferais remarquer que la journée est déjà bien avancée, et pour peu que vous tardiez encore longtemps, la journée se sera passée à vous attendre comme toujours. Notez que demain je ne vous verrai pas et qu’après-demain sera jour de poste. De cette façon et sans mauvaise foi de votre part, je veux bien le croire, je coursb éternellement sur mon cheval de bois après ce luncheon fantastique sans pouvoir l’attraperc. Ce divertissement peut avoir son charme un jour de foire de village, mais dans une île anglaise le plaisir est médiocre, même un dimanche. Il est vrai que cela me fournit matière à gribouillage dont je suis de plus en plus à courtd, ce qui n’est pas à dédaigner.

Cher petit homme, je me tiens à quatre pour ne pas grogner, mais je crains bien que ma résistance n’atteigne pas le dernier mot de cette maussade élucubration. Cependant, je m’épêche, je m’épêche, tant que je peux pour arriver d’une manière aimable à ce mot qui est L’ALPHA ET L’OMÉGAe de mon algèbre, à ce mot qui est fait tout entier de mon cœur et de mon âme : MON TOTO, JE T’AIME.

Juliette


Notes

1  Trip : excursion.

Notes manuscriptologiques

a « trippes ».

b « courre ».

c « attrapper ».

d « cours ».

e « HOMÉGA »


« 10 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 204-205], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e574, page consultée le 04 mai 2026.

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Je pense, mon cher petit homme, que si tu n’as pas fait porter tes lettres à la poste de chez toi, la corvée me reviendra ce soir car j’ai donné campo1 à Suzanne pour jusqu’au dîner afin de lui laisser le temps de se promener avec une de tes servardes. Je ne me plaindrais pas de l’aventure si tu voulais en prendre ta part ce soir, en m’accompagnant jusqu’à la poste. Mais tu n’en aurasa pas le temps probablement et je commence à craindre même que la POSE ne se prolonge jusqu’à sept heures un quart. Je m’y attends et je m’y résigneb par la raison suprême qu’il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher. En somme, je ne suis pas sur la terre pour m’amuser mais pour t’aimer et Dieu sait si je m’en acquitte avec conscience. Tu viendras quand tu voudras, quand tu pourras et quand cela te plaira. Je n’ai rien de mieux à faire que t’attendre. Ainsi, mon cher petit homme, ne te gênec pas. Tiens, te voilà. Je te laissaisd frapper à la porte sans me douter que c’était toi.

Quel bonheur.

Juliette


Notes

1  « Donner campo » : donner congé.

Notes manuscriptologiques

a « n’en n’auras ».

b « résigner ».

c « gênes ».

d « laisser ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.