« 5 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 194], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e258, page consultée le 01 mai 2026.
14aJersey, 5 juillet 1853, mardi 8 h.
Bonjour, mon bon petit homme, bonjour, je t’aime et je te suis bien reconnaissante d’être venu me voir hier au soir malgré ta lassitude et l’heure avancée. Je ne te demande pas ce que tu feras aujourd’hui, c’est-à-dire ce que nous pourrions faire si ce n’était pas jour de poste. Mais je te prierai de tâcher de profiter du reste de l’été le plus que tu pourras, encore plus pour toi que pour moi. Songe à tout ce que tu as fait depuis un an sans souci de ton repos, de notre bonheur et de ta santé. Pense encore que pour moi, le reste des belles années est bien limité maintenant et que ce serait plus qu’un regret mais un remords pour toi de ne m’en pas faire profiter. Il va sans dire que les jours de tripsb1 collectifs et familiauxc doivent être non avenus pour moi ainsi que les jours de poste. Je ne demande que ce qui est juste et possible, mon cher bien-aimé. Mais je demande surtout la vue de Serk2 et cela dans le plus bref délai. En attendant, je vous prierai de me faire la description de la tranchée3 au risque de me déflorer un peu la surprise. Maintenant, mon cher petit homme, dormez et rêvez que je vous aime, pour arriver sans transition à la douce et tendre réalité.
Juliette
1 Excursions.
2 Vue de Sercq : « photographie que l’on peut identifier à celle de la coupée de Sercq (cat 130), et la curiosité qu’inspira cette image [à Juliette] nous laisse à penser que Victor Hugo devait y attacher un grand prix », Françoise Heilbrun, En collaboration avec le soleil, Victor Hugo, photographies de l’exil, Paris-Musées, 1998, p. 81.
3 Sans doute Juliette veut-elle parler de la Coupée qui unit la Grande Sercq à la Petite Sercq.
a Le « 4 » est écrit en surcharge sur un « 5 », on ne sait de quelle main.
b « trippes ».
c « familials ».
« 5 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 195], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e258, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 5 juillet 1853, mardi midi
Ah ! Enfin ! Ce n’est pas malheureux ! Voici l’été et son auguste famille, le soleil ! On aurait pu croire un instant qu’il avait été victime du coup d’État et transporté à Cayenne, lui aussi, avec défense d’en sortir. Mais grâce à Dieu il a pu tromper son geôliera MÉDARD et le voilà qui gambade en liberté sur ma vigne, sur le sable et sur les baigneuses, le vieux paillardb. Mais je lui pardonne autant lui qu’un aute et mieux vaut lui que VOUS. Quel dommage de ne pouvoir pas luncheonner à son aise et à l’improviste par un temps comme celui-ci. Mais à quoi bon ce rabâchage devant une impossibilité démontrée. Mieux vaut prendre son courage et sa patience à deux mains et ne pas te harceler, pauvre être, de mes lamentations saugrenues. Je ne regretterais pas d’ailleurs bien loin de là même, j’en serais heureuse d’être restée chez moi, si tu pouvais avoir de bonnes nouvelles de Belgique1. Dans ce moment ci, je pense à cela et au souci que cela te cause, et je te plains, mon adoré, autant que je t’admire et que je t’aime. Ne t’occupe pas de moi, mon pauvre bien-aimé, que lorsque tu sentiras le besoin de mon amour et de mon dévouement.
Juliette
1 Durant l’été 1853, pour la publication des Châtiments, Victor Hugo échange courriers et manuscrits avec la société typographique franco-belge fondée à Bruxelles par Hetzel, Samuel et Mertens. Les relations sont tendues et le climat suspicieux.
a Entre « son » et « geôlier », on croit lire « les moyens ».
b « paillards ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
