« 29 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 230-231], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e1147, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 29 juillet 1853, vendredi matin, 9 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, je t’aime et vous ? Comment vas-tu ce matin ? S’il y a entre nos santés un lien sympathique, la tienne doit être très bonne car je vais très bien, au DOIGT et à L’ŒIL. C’est à ce point que j’oserai peut-être te demander à sortir tantôt s’il fait beau. Jusque-là, je ne veux pas anticiper sur tes événements et je te laisse toute liberté de corps et de conscience. L’important pour toi, comme pour moi, c’est que je ne te gêne pas. Le RESTE n’est que pour mémoire. Charles dirait : D’APOTHICAIRE. Mais moi, je respecte les convenances sociales même quand elles ne sont pas démocratiques.
Je viens de recevoir une lettre de la mère Lanvin qui dit m’avoir écrit le 23 juin une lettre que je n’ai pas reçue. Elle me donne l’emploi de l’argent que je lui ai envoyé par livre, sous et denier. Et elle finit par des admirations touchantes pour toi, voire même un peu pour moi, risque à ce que je n’en sache faire. De tout cela, il résulte qu’on me chipea mes lettres à la poste, ce qui est assez stupide et passablement canaille. Mais le 2 décembre1 n’y regarde pas de si près en délicatesse. Mais qu’il prenne garde à lui, car malgré mon infirmité, je pourrai bien un jour lui donnerb LE COUP DE POUCE.
Juliette
1 À la suite du coup d’État du 2 décembre 1851 et à l’instauration du Second Empire, le courrier des proscrits en exil fait l’objet d’une surveillance rapprochée par la police bonapartiste. « Victor Hugo qui continuera longtemps à mettre en garde ses correspondants parisiens (“si vous étiez en Chine, vous auriez mes lettres plus vite”) avait songé [au titre de Boîte aux lettres] pour une suite des Châtiments “puisqu’on ouvre les lettres sous M. Bonaparte et qu’il n’y a pas plus de secrets pour la police en France que pour le confessionnal à Rome, autant en prendre son parti, et écrire à ses amis en plein air des lettres toutes décachetées.” », Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, t. II. Pendant l’exil I. 1851-1864, Fayard, 2008, p. 185.
a « chippe ».
b « donné ».
« 29 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 232-233], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e1147, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 29 juillet 1853, vendredi après-midi, 3 h.
La variété que je ne mets pas dans mes élucubrations, mon amour, je la mets dans mes petits papiers, à preuve les deux d’aujourd’hui, l’un lourd et large, l’autre long et étroit. Mais ce que rien ne peut changer, c’est la manière de vous aimer CARRÉMENT en dépit de toutes les idées tristement biscornues qui me passent par la tête. J’avais craint tantôt que tu ne sois triste, mais en y réfléchissant, et surtout en te voyant depuis dire DES BÊTISES, j’ai pensé que ta tristesse n’était pas sérieuse et je ne m’en suis plus inquiétée. Maintenant si tu pouvais ne pas trop prolonger ta séance avec Aspleta et le GRAND INSTRUMENT, j’allais dire : LE CARABINIER DE CHARLES, QUI N’EST PAS AMUSANT, tandis que le susdit instrument, C’EST AMUSANT, tu changerais ma mélancolie en joie bruyante. Tout ceci n’est pas bien clair et chacun des mots aurait besoin d’une petite lanterne explicative qui en dissiperait l’obscurité. Cette précaution ne serait pas inutile pour te retrouver dans mes inextricables griffouillis. J’y songerai dès que mes moyens me le permettront. En attendant, j’ai votre quittance de charbon et deux shillingsb d’appoint, car il n’a pas diminué pour des raisons encore plus NOIRES que mes phrases. Décidément, le truc des marchands est universellement le même et leur bonne foi AD HOC. On n’a même pas la consolation d’y perdre son latin. Mais en revanche on a la rage d’y perdre son argent et voilà le HIC. Taisez-vous et plantez là tous vos écoutes s’il pleut.
Juliette
a « Asplett ».
b « schellings ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
