« 16 décembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 524-525 ], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11956e432, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 16 décembre 1853, vendredi après-midi, 3 h.
Cher petit homme, je vous aime tant, tant et tant que je ne sais par quel bout commencer. D’abord que je vous fasse remarquer combien vos absences se suivent et se ressemblent depuis bien longtemps. Pour peu que vous persistiez dans cette voie déplorable, je ne sais pas ce que deviendra mon cœur, mais je ne suis que trop sûre que mon bonheur n’y résistera pas. En attendant je regarde la pluie tomber, les proscrits passer et les embêtements se succéder sous toutes les forme
Ah ! Enfin, voici une petite diversion qui ne vous coûtera rien moins qu’un shilling chacun et de compte à demi. La jeune Mary vient de faire invasion chez moi, dans la flambante robe neuve que nous lui avons achetéea il y a quatre mois1. Il n’a fallu rien moins que ma promesse d’en payer la façon et la solennité de Noël pour décider la vieille bonne femme à la lui faire faire. Grâce à Dieu et aux deux shillings nous y sommes parvenus, ce dont Mary n’est pas fâchée si j’en juge par sa mine triomphante ET MOI ????????b Quand donc serai-je heureuse, heureuse, heureuse ?
1 Petite-fille de la propriétaire du logement où habitait Juliette au Hâvre-des-Pas, la pauvre petite Mary a inspiré de la pitié à Juliette et Hugo qui lui ont offert une jolie robe, et la surnomment « la petite Cosette du Hâvre-des-Pas ».
a « acheté »
b les 7 points d’interrogation courent jusqu’au bout de la ligne.
« 16 décembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 526-527], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11956e432, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 16 décembre 1853, vendredi après-midi, 3 h. ½
Toujours pas plus de Toto que sur la main, c’est bien monotone. Aussi, je me tiens à quatre Juju pour ne pas montrer ma bisque et ma rage. Mais, hélas ! J’ai bien peur qu’elles ne m’échappent, toutes les deux, tout à l’heure. Du reste, cela n’empêche pas les cocottes du voisinage de monter la garde dans la petite ruelle de ma maison. Si je savais vous obliger en les priant de monter vous attendre chez moi, je le ferais, mais je crains de vous paraître indiscrète, ce qui me décide à les laisser se morfondre sous le brouillard et le givre, pauvres COCOTTES ! Après cela, dîtes que je n’ai pas un bon petit cœur de femme, si vous l’osez. Voime, voime, mais tâchez que ce soit tout de suite car ma patience et mon courage et tout ce qui s’en suit sont à leur fin. Mais en revanche mon amour est plus gros que jamais.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
