10 décembre 1853

« 10 décembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 512-513], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrett, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11956e217, page consultée le 01 mai 2026.

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J’ai beau faire force de voiles et de rames, des pieds et des mains, mon cher petit homme, j’arrive toujours trop tard et tout essoufflée à la station RESTITUS. Cela tient à la petitesse des jours et à l’immensité de MON MÉNAGE, c’est du moins l’excuse que je me donne à moi-même et que mon cœur n’accepte pas toujours. Aujourd’hui, j’ai pris le mors aux dents pour arriver au plus vite à mon but désiré, c’est-à-dire à mes gribouillis. Maintenant, m’y voici, jusqu’à ce qu’amour s’en suive depuis le premier mot jusqu’au dernier. De vôtre côté, mon amour béni, vous seriez bien gentil de venir me SURPRENDRE dans cette douce occupation ; mais je n’ose pas l’espérer, car il est probable que la poste d’une part, et la caisse fantastique de l’autre, vous retiendront chez vous peut-être tout le reste de la journée. Je m’y attends et je m’y résigne d’avance en pensant combien il est utile que ton livre tonnerre1 apparaisse enfin aux jersiais lymphatiques dans toute son effroyable splendeur. Quant à moi, je l’attends avec toute l’impatience de la première curiosité et toute l’admiration de mon cœur et de mon âme.

Juliette


Notes

1 Livre tonnerre : Le recueil poétique Châtiments est publié à Bruxelles le 21 novembre 1853 dans deux éditions, l’une complète, l’autre expurgée. Le journal Le Sancho de Bruxelles souligne, sous la plume de son rédacteur en chef Victor Joly, l’esprit combattif, le formidable souffle de l’ouvrage : “Auprès de ce rugissement de lion néméen en fureur, Juvénal n’est qu’une tourterelle qui roucoule et Barthélémy qu’un pigeon pattu.” » (Jean-Marc Hovasse, op. cit., p. 195) / À Jersey, de nombreux extraits sont diffusés dans la presse : « le 26 novembre, Le Constitutionnel de Jersey publie « Pauline Roland » et « À ceux qui dorment » […] le 30 novembre paraissent simultanément « Toulon » dans L’Impartial de Jersey et « Souvenir de la nuit du 4 », « Ô soleil, ô face divine… », « Puisque le juste est dans l’abîme », « Confrontations » et « Tout s’en va » dans La Chronique de Jersey. (Jean-Marc Hovasse, ibid.).


« 10 décembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 514], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11956e217, page consultée le 01 mai 2026.

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Le jour d’aujourd’hui m’attriste les yeux, mon pauvre doux adoré, mais ta pensée réjouis mon âme et rayonne sur ma vie comme le plus beau et le plus splendide soleil. Je ne sais pas quand je te verrai mais je sens que mon amour me tient lieu de courage et de patience et que je pourrai t’attendre autant de temps qu’il le faudra pour que tu fasses ton devoir de CITOYEN et… te voilà, quel bonheur.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.