11 décembre 1850

« 11 décembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/61], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e975, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Bonjour mon tout adoré, bonjour, dors en paix et que mon amour te sourie en rêve.

Comment vas-tu, mon cher petit homme ? Hier Vilain est resté avec moi jusqu’à 10 h. ½ dans l’espérance de te voir mais il paraît que la conférence s’est prolongée bien tard puisque tu n’es pas revenu voir la pauvre Juju caniche qui t’aime avec une fidélité digne d’un meilleur sort et de pas temps de bonhomme Roussel. Hier j’ai commencé près de Vilain un petit travail de contre police qui promet de jolies révélations à en juger par les demis aveux que je lui tire de son affreux nez au moment où il s’y attend le moins. Encore deux ou trois conférences et pas mal de Chaumontel et je saurai TOUT. Jusque-là il me tarde de savoir comment vous allez de santé1. Mon Dieu je donnerais toute ma jalousie et toutes vos trahisons pour savoir que vous êtes guéri et que cela ne reviendra plus jamais. J’espère que vous viendrez baigner vos beaux yeux adorés avant d’aller chez le chirurgien. Dans cette espérance je vais faire votre eau et puis vous aimer, vous aimer et vous aimer encore en guise de remède.

Juliette


Notes

1 Hugo récupère d’une opération de la luette.


« 11 décembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/62], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e975, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Quel bonheur, mon cher petit homme, tu vas un peu mieux. Mon Dieu que je serais heureuse si le médecin t’annonçait une très prochaine guérison. Si j’avais été prête je serais allée t’attendre à Saint-Roch pour savoir tout de suite ce qu’il pense de ce mieux-là, mais je suis si patraque que je n’arrive à rien et que je m’acoquine à mon coin de feu comme une vieille gangan1. Mais voici que mon rhume se passe et vous alleza me voir renaître à la vie, à l’amour et à la vengeance. Vous n’aurez rien perdu pour attendre, soyez tranquille. Tout cela n’empêche pas que vous ne soyez un ravissant petit homme, au contraire. Quant à moi si je vous aimais moins je vous rendrais plus de justice et je passerais ma vie prosternée devant votre bonté ineffable et divine. Je ne me tire de la vénération et de l’adoration qu’on vous doit que par l’amour. À la place de l’admiration je mets des baisers, à la place du respect des caresses, c’est ainsi que je m’approche familièrement de votre sublime petite personne que je n’oserais pas même regarder de loin sans cela.

Baisez-moi, mon Victor, et ne vous moquez pas de toutes ces espèces de définition qui ne définissent rien sinon que je vous aime comme une bête.

Juliette


Notes

1 Nom d’une vieille fée méchante et grotesque dans le conte Tout vient à point qui sait attendre ou Cadichon, du comte de Caylus, 1775, œuvre posthume. Ou patois : vieille femme devenue grondeuse et acariâtre.

Notes manuscriptologiques

a « aller ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.