« 22 décembre 1850 » [source : MLVH, 76-7LASVHR et V], transcr. Gérard Pouchain, annotation d’Anne Kieffer et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e2028, page consultée le 01 mai 2026.
22 décembre [1850], dimanche matin, 10 h.
Écoutez donc, mon petit homme voilà bientôt trois jours que nous nous sommes vus pour ainsi dire. Aussi j’ai besoin de bavarder, de m’épancher, de griffouiller et de vous aimer que je voudrais satisfairea à la fois de la langue, des yeux, de la plume de l’âme et du cœur tout ensemble. C’est pourquoi je vous parle Montalembert, calomnie, tartuffe et caffarderie, caresses et baisers admiration et amour pêle-mêle comme cela me vient et ne me REVIENT pas. Je dois dire qu’il (le bedeau) a écouté la pièce avec la plus religieuse attention et sans manifester aucune remarque en-dehors de l’exécution et du chant des acteurs1.
Tu penses que ce saint personnage a absorbé la plus grande partie de mon attention et que je guettais avec le plus grand soin l’occasion de lui tomber sur sa carcasse bénie. Je dois dire que j’en ai été pour mes frais d’observation et qu’à part deux ou trois phrases confites et [nazounées ?] je n’ai rien entendu sortir de la bouche de cet édifiant personnage qui pût réjouir mon oreille démagogique et impie.
La loge était de quatre personnes sans la moindre possibilité d’en faire tenir six et que voyant Lacombe qui ne doute de rien était allé s’installer au balcon, ce que voyant [Lacombe ?] la direction a fait demander au susdit de quel droit il occupait cette place ? Cette explication en amené une autre qui a fait dire à Montferrier ce qu’il avait sur le cœur tout cela bien entendu au bureau de contrôle enfin après cette explication chacun s’est déclaré satisfait et Lacombe est revenu prendre sa place au balcon qui du reste n’était rien moins que plein. Notre loge était la dernière sur ce même balcon. Cet incident n’a pas empêché Montferrier de trouver la musique délicieuse, les chanteurs ravissants, la pièce sublime et le public inepte. Moi j’ai trouvé tout médiocre la mise en scène grotesque et Méry le meilleur des hommes et des dilettantesb. Je n’ai pas encore fini baisez-moi en manière de ponctuation.
Juliette
1 Juliette Drouet a-t-elle assisté à la représentation extraordinaire donnée la veille à l’Opéra-Comique ?
a « que je voudrais satisfaire que je voudrais satisfaire ».
b « dillettantes ».
« 22 décembre 1850 » [source : Yale, BL, Victor Hugo Collection GEN MSS 412 (box 2, folder 86)], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e2028, page consultée le 01 mai 2026.
22 décembre [1850], dimanche matin, 11 h.
Je ne me lasse pas, vous voyez. Voici deux heures bientôt que je vous griffouille d’arrache-plume sans m’en apercevoir et sans être plus avancée, car tout ce que je voulais vous dire, je l’ai encore sur le cœur, au rebours du tonneau des Danaïdes. Plus je puise à même, et moins il est vide. Je disais donc, mon petit homme, que je suis impatiente de te voir pour te baiser et pour savoir comment tu vas. Ton estomac est-il remis ? Le mien m’a encore tourmentée cette nuit, mais ce matin je vais très bien, à part l’onglée aux doigts. Après cela, le métier que je fais depuis deux heures n’est rien moins que réchauffant physiquementa parlant. Mais si vous voulez me promettre de dîner avec moi mardi, vous verrez avec quelle chaleur et quelle joie j’accueillerai cette promesse. Il est convenu que Montferrier tâchera d’avoir une loge pour Mr Hochenez1, ou pour un théâtre quelconque pourvu qu’il y ait des FAUMES dessus et dedans. Vous ne tenez pas absolument plus à l’un qu’à l’autre ? Quant à moi, il n’y a rien à quoi je me résigne pour passer la soirée tout entière avec vous, quitte à vous tuer après en manière de : Bonsoir. Il faudra qu’un jour vous vous exécutiez à votre tour et que vous veniez dîner chez ces bons réactionnaires de Sablonville2. Ce ne sera pas aussi amusant que le supplice de Tantale mais vous pourrez manger des bonnes choses, ce qui n’est pas absolument indifférent. D’ici là, soignez-vous, méfiez-vous, poudrez-vous et venez mardi. Nous vous attendrons tant qu’il le faudra.
JULIETTE
1 La première représentation de la comédie mêlée de couplets, Les Extases de M. Hochenez, de Marc-Michel, est donnée le 9 décembre 1850 au théâtre Montansier, qui deviendra le théâtre du Palais Royal.
2 Les Montferrier ont leur campagne à Sablonvillle, aujourd’hui quartier de Neuilly-sur-Seine.
a « phisiquement ».
« 22 décembre 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 357-358], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e2028, page consultée le 01 mai 2026.
22 décembre [1850], jeudi soir, 5 h. ½1
Une autre foisa vous aurez la bonté de ne pas me donner vos ordres. Je ne suis pas votre domestique, vous saurez cela. Et puis vous m’avez empêchée de faire mon grand tour à cause de la nécessité de rentrer à trois heures. Du reste je n’ai pas trouvé de papier sans toutou ce qui fait que je n’en ai pas pris et qu’on m’en enverra demain une rame à 2 F avec un livre de dépensesb2. Mon cher petit homme, je crains que tu ne me trompes en me disant que tu ne viendras pas demain matin ? S’il en était ainsi ce serait bien absurde car ce serait moi que tu attraperaisc dans ce cas-là. Je t’assure que, huître pour huîtres, je te préfère à Mme Guérard et à son déjeuner y compris les hors-d’œuvred en argent. Je ne te dis pas cela par politesse mais bien du fond du cœur. Seulement, je ne veux pas que vous donniez des ordres au monde surtout quand cela les empêche de flâner tout le long des boutiques. Demain, au lieu d’aller directement vous chercher, j’irai chez la mère Tissard par les boulevardse et je badauderai à loisir, pourvu que je sois chez Céleste3 à 4 h. ½, c’est tout ce qu’il faut. Du reste je serai revenue de chez Mme Guérard pour midi parce que j’attends ma couturière à cette heure-là, et puis si tu avais voulu je n’y serais pas allée du tout et je ne t’aurais pas fait de sacrifice, au contraire. C’est toi qui m’enverrais faire un [illis.] dur si cela devait me priver de te voir à ce moment-là.
Juliette
1 Cette date laisse à penser que la lettre est mal classée, puisque le 22 décembre 1850 n’est pas un jeudi. Soit Juliette a voulu indiquer le dimanche 22, ou le jeudi 26. À moins que la lettre ne date du jeudi 22 décembre 1836 ou 1842, ce que son contenu ne permet pas d’élucider.
2 Juliette Drouet note-t-elle toutes ses dépenses dans un carnet comme en 1834 ?
a « autrefois ».
b « dépense ».
c « attraperais ».
d « hors-d’œuvres ».
e « boulevarts ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
