« 13 décembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/65], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e1148, page consultée le 01 mai 2026.
13 décembre [1850], vendredi matin, 9 h. ½
Bonjour mon Toto, bonjour mon doux bien-aimé, bonjour. Comment vas-tu ?
Je ne te demande pas des nouvelles du bonhomme Roussel parce que confié à tes soins il ne peut avoir été que très heureux… Le reste ne me regarde pas. Quant à vous, mon petit homme, tout me regarde et je regarde tout. C’est pourquoi je vous conseille d’être prudent et d’user le moins possible du bonhomme Roussel même en qualité de collègue et de pourvoyeur de venaison.
Avec tout cela, mon petit bien-aimé, comment vas-tu ? Ta gorge commence-t-elle à se cicatriser et à être moins douloureuse ? Je te fais de l’eau d’orge nouvelle ce matin et je te ferai acheter du sirop de mûres tantôt pour que tu te gargarisesa avant d’aller à la Chambre.
Hier c’est à qui s’informerait des suites de ton opération, le pauvre Montferrier surtout avec une vraie et touchante sollicitude. Quant à lui, pauvre homme, il souffre toujours autant et je trouve qu’il change d’une manière inquiétante. Je ne voudrais pas alarmer sa femme, cependant il serait désirable que son attention fût appelée sur la position de son mari qui je crois plus grave qu’on ne pense. Cela ne l’empêche pas d’être bon, au contraire, et je crois que d’ici à un mois il aura trouvé moyen de caser cette pauvre Dillon au rez-de-chaussée du Moniteur du soir. Triste habitation pour une fille d’esprit et de talent comme celle-là, mais qui vaut encore mieux que la belle étoile en décembre et sous la latitude Malaquais ou Meaux-en-Brie. Elle m’a chargée hier de remerciements, de reconnaissance et d’admiration pour toi à ne savoir où les mettre. Elle paraît désirer beaucoup se faire entendre chez toi mais il faudrait que ce ne fût pas un des trois jours qu’elle passe à Meaux, vendredi, samedi et dimanche. Au moins tout le temps qu’elle ne sera pas tout à fait fixée à Paris.
Mais ce n’est pas là ce qui m’importe. Je vous aime, voilà le fond et le tréfondsb de ma pensée, de mes actions et de ma vie.
Juliette
a « gargarise ».
b « tréfond ».
« 13 décembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/66], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e1148, page consultée le 01 mai 2026.
13 décembre [1850], vendredi matin, 11 h. ½
Savez-vous, mon petit homme, que je ne pouvais plus remuer ni pied ni pattes hier lorsque je suis arrivée chez la mère Sauvageot ? Il y avait plus de huit jours que je n’étais sortie et pour ma première promenade vous me faites faire une course échevelée d’une heure et demiea, c’est imprudent. Aussi le soir j’avais la figure tirée et fatiguée au point d’inquiéter tout le monde. Cela ne m’a pas empêchée pourtant de faire arrêter la voiture de Vilain à la barrière pour que cela lui coutât moins cher. Ce pauvre Vilain, il paraissait triste et souffrant lui-même. Somme toute sans la bonne J. G. Dillon la soirée aurait été des plus moroses. Heureusement que ta lettre l’avait mise en verve d’inspiration et qu’elle a fait des prodiges sur cet affreux machin qu’on appelle piano. Elle était accompagnée de sa Pyladeb femellec Mlle USTUS qui donne des cours de chant et de musique aux Loges et qui a chanté quelques airs rococod assez originaux. Mais qu’est-ce que cela te fait tout cela et à moi aussi ? Ce qui m’occupe, ce que je voudrais savoir toujours, c’est ce que tu fais et comment tu vas. Le reste, c’est la cheminée qui fume, le chien qui jappe, l’omnibus qu’on attend, le passant qui vous heurte, le grésil qui vous morfond, toute chose qu’on subit et qu’on ne cherche pas. La seule chose qui m’attire et me retienne c’est toi, mon adoré bien-aimé.
Il paraît que vous avez rencontré la mère Sauvageot il y a déjà quelques jours et que vous avez oublié de me le dire. Je ne m’en plains pas autrement et je comprends que le bonhomme Roussel fasse oublier la mère Sauvageot. Taisez-vous, affreux bonhomme vous-même, car j’ai une furieuse envie de vous égratigner à deux mains sympathiques à trois cornes escargotiques. Méfiez-vous. En attendant, baisez-moi et venez me chercher tantôt, je vous conduirai à votre boutique. Jusque-là je vous baise pour mieux vous étouffer.
Juliette
a « demi ».
b « Pilade ».
c « femmelle ».
d « rococos ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
