18 mai 1880

« 18 mai 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 132], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11826e827, page consultée le 01 mai 2026.

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Cher bien-aimé, courte et bonne, voilà ma nuit. Quelle aura été la tienne quand tu auras épuisé le stock de ronronnage1 quotidien de la matinée ? That is the question à laquelle tu répondras, je l’espère, par le mot : bonne ! En attendant, j’ai déjà écossé les lettres de la dernière distribution d’hier soir. D’abord une relettre de Mme Angèle Magnin qui craint d’avoir mal écrit les dates où elle est libre d’accepter ton invitation à dîner, ce sont les 23, dimanche, 25, mardi, 26, mercredi2. Ce sera à toi à choisir, entre ces trois dates, celle où il y a le moins d’invitations de fondations. Je crois que cela te sera difficile, car deux de ces jours-là, le dimanche et le mardi, sont consacrés à notre cher Paul Meurice. Reste le mercredi, jour des Allix, des Léopold3 et Paul Foucher et Lecanu. En relisant sesa fines pattes de mouches, je vois qu’elle se ravise et que, sous prétexte d’entrer mieux dans tes vues, elle s’arrête au samedi en huit, 29. J’espère que cette date est la bonne cette fois. Elle te dispense dans ce cas-là, de ne pas lui répondre, je le crois fichtre bien !!! Vrai, Dieu, que de minauderies autour d’un dîner ! Enfin, il paraît que ce sont là les manières de mesdames les ministresses4. Grand bien leur fasse. L’autre lettre est du ministre des Postes et télégraphes t’annonçant que, sur ta recommandation, il a accordé au sieur Michel, ancien militaire, une place de facteur des postes à Paris avec traitement de mille francs. Puis enfin, une lettre de Jean de Putron avec l’état de lieu actuel de ma maison5 et ce que coûteraient les réparations urgentes à y faire, et qui monteraient de huit à neuf cents francs. Tout cela dit, il me reste à peine la place de t’embrasser à cœur-que-veux-tu ?

[Adresse]

Monsieur Victor Hugo


Notes

1 Ce substantif semble créé par Juliette Drouet pour décrire son état de sommeil léger. Il réapparaît en 1989, soit un siècle plus tard, dans un roman de Rémo Forlani, Gouttière, et est orthographiée ainsi « ronronage ». Le « ronron », onomatopée qui entre dans la littérature avec Rousseau lorsqu’il décrit le son des basses de l’opéra dans Julie, ou la Nouvelle Héloïse, est défini ainsi par le Littré : « le grognement continu produit par le chat et, par extension, un bruit monotone comparé au ronron du chat ».

2  Voir la lettre de Juliette de la veille, le 17 mai 1880, où elle transcrit les anciennes disponibilités de Mme Magnin : les 25, 27 et 28.

3 Peut-être est-ce le neveu de Hugo, Léopold Armand Hugo, et son épouse qui sont ainsi désignés.

4 Angèle Magnin est l’épouse du ministre des Finances Joseph Magnin.

5 Le 16 avril 1864, Victor Hugo a acheté pour Juliette une maison à côté de la sienne, à Guernesey, au 20 Hauteville. Elle en avait déjà signé le bail de location le 19 mai 1863.

Notes manuscriptologiques

a « ces ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française

  • AvrilReligion et religions.
  • 24 octobreL’Âne.